Ce mercredi sort « Océans », la fresque des mers de Jacques Perrin. Le réalisateur nous a déjà emmenés à la découverte du monde des insectes, avec « Microcosmos », puis emportés dans les airs avec « Le peuple migrateur ». Que vaut donc cette découverte des océans ? Aurélien Francisco Barros, qui rejoint la communauté de nos Eco’respondants, est lui-même réalisateur de documentaires et environnementaliste. Il s’est incrusté à l’avant-première.
Quand je suis entré dans la salle de projection, à deux pas du grand aquarium de La Rochelle, j’étais comme un petit garçon. « Océans », ça fait longtemps qu’on en parle, qu’on nous offre des images sur internet pour faire monter la sauce. On nous avait promis le monde des mers comme nous ne l’avions jamais vu.
Là dessus, pas de souci, je n’ai pas été déçu. J’ai regardé avec bonheur les majestueuses baleines évoluer dans une pénombre bleutée, filmées sans lumière artificielle, ou alors si discrète qu’on ne la voit pas. Vous pouvez en être sûrs, aucun mérou n’a été réveillé par une lampe torche pendant le tournage d’Océans*. Les bateaux et les humains sont filmés comme d’autres animaux, qui subissent et vivent la puissance des océans. La photographie est sublime, le commentaire rare, pour laisser place à l’émerveillement et souvent à l’humour. Et la magie opère. Nous redevenons ces petits enfants qui rêvaient de mettre un bonnet rouge et d’embarquer sur la Calypso du Commandant Cousteau.
Mais c’est sans compter la partie « à message », où Jacques Perrin parle à un enfant, comme l’aviateur au Petit Prince. Il lui explique tous les maux que l’homme fait subir aux baleines, aux tortues et aux dauphins. Les scènes de pêche et de mutilation de requin sont aussi horribles que le reste du film est beau. Telles des veines néfastes, les cours d’eau déversent le poison des hommes sur les poissons. C’est bien d’en parler, c’est sûr. La surpêche aveugle et la pollution chimique de nos villes sont des fléaux bien connus pour les océans. Mais ils sont loin d’être les seuls.

© Pathé Distribution
J’aurais tant aimé que la voix grave et posée de Jacques Perrin nous parle du continent de plastique dans le Pacifique Nord ou de la pollution sonore qui a envahi le « monde du silence » ! Je rêvais qu’il nous rappelle que les océans respirent, et que c’est dans cette respiration que 70% de notre oxygène est produit. Mais non, au lieu de cela, il se contente d’esthétiser ce qui est déjà connu.
C’est au moment où Jacques Perrin a parlé de la biodiversité que je me suis fâché tout rouge : il nous exhorte à la préserver mais sans jamais nous dire pourquoi ! On se doute que ce n’est pas seulement parce que les baleines sont jolies, les dauphins vachement sympa et les manchots super rigolos. On sent qu’il y a des enjeux plus importants, que c’est aussi l’avenir des hommes qui est en jeu dans celui des espèces. Mais rien, pas un mot. Comme si, en cette année mondiale de la biodiversité, nous n’étions pas assez grands pour comprendre.
Avec ses images fabuleuses, Jacques Perrin crée un état de grâce. C’est dans ces moments où nous sommes sous le charme, où chaque mot prend du poids, que nous pouvons être sensibilisés en profondeur. Mais non, notre soif de comprendre n’est pas assouvie. C’est dommage.

© Pathé Distribution
Ne renoncez pas pour autant à aller voir le film. Si j’essaie de mettre un peu d’eau de mer dans mon vin, je suis heureux du moment passé sous la mer avec Jacques Perrin et son équipe. Ils nous font oublier le monde des humains, à tel point que lorsqu’un homme-grenouille apparaît, au bout d’une heure et demie, il a l’air sacrément laid et ridicule devant toutes ces bestioles majestueuses.
Comme disait le Commandant Cousteau, « les gens protègent ce qu’ils aiment ». « Océans » ravive l’amour que nous avons pour ce monde mystérieux et c’est déjà ça.
Aurélien Francisco Barros**
*Référence à un célèbre sketch de Patrick Timsit où il parle du Commandant Cousteau qui va faire « chier » les mérous avec une lampe torche.
**Réalisateur de « Base Zéro – des pauvres et des pierres », coup de coeur du festival du film d’environnement de Noirmoutier en 2008 et de « Geraldo Espindola – um Matogrossense na França », Rede Globo, 2006.