Un budget astronomique, des effets spéciaux à faire pâlir les réalisateurs de Star Wars et Star Trek réunis, une fréquentation bientôt record et surtout un véritable hymne écologique en couleurs… Le dernier bébé de James Cameron avait tout du film engagé de l’année, voire du siècle ! L’aubaine pour notre premier éco’respondant. Bravant les critiques, qui jugent le film trop mièvre, il a chaussé les lunettes 3D.
Tout juste sorti de la salle, équipé de mes super montures 3D rouges, et encore émoustillé par la fin explosive du film, je jubile à l’idée de faire passer le mot à tous mes amis : foncez voir ce film ! Puis les jours passent, l’émotion avec. Les critiques semblent unanimes : au delà du choc visuel, Avatar ne serait qu’une nouvelle brique pseudo-idéologique dans l’édifice de la « bien-pensance » écologique d’aujourd’hui. Moi, ils me laissent plutôt perplexe, ces penseurs du dimanche qui assassinent de leur plume anonyme un acte engagé et pas si inefficace que ça.
D’abord, il y a ce que j’entends trop souvent : le réalisateur du larmoyant Titanic nous aurait concocté un remède à l’eau de rose écologique trop empreint de bons sentiments. Certes, simplisme hollywoodien oblige, le schéma est sans doute trop manichéen : méchants colonisateurs terriens (en fait, strictement américains) vs. gentilles créatures au pelage bleu (qui auraient tout aussi bien pu être peaux-rouges), grosses machines décadentes du capitalisme conquérant vs. indigènes amoureux de la nature…
Version futuriste de Pocahontas
Et puis à bien y réfléchir, Cameron nous sert bien une version futuriste de Pocahontas sur fond de Vietnam galactique. Les Occidentaux viennent sans scrupule piller un monde vierge et paisible, les indigènes parlent aux arbres, le héros (capitaine John Smith ou soldat Jake Sully, même combat !) devient une sorte d’agent double et tombe amoureux de la fille du chef de tribu… Et j’en passe.
Ainsi démystifié, le nouvel opus de Cameron n’est-il qu’une accumulation de niaiseries consensuelles, parfois tendancieuses, sans fondement ? Je prends le parti de dire non !
Avatar est un authentique brise-glace écolo, un dynamiteur de tabous. Il nous rappelle ce que l’on tempère trop souvent : la nature cupide et cynique du capitalisme sauvage, sans cesse à la recherche de nouvelles ressources exploitables, de terres rentables, de profit renouvelable. Quand Cohn-Bendit le « vert et rouge » (!) déclare vouloir marier écologie et économie de marché, Cameron répond sans détour qu’en l’absence de régulations, les deux restent strictement incompatibles.
Les Appalaches décapitées à l’explosif
Petite info pour tous les septiques, pas encore convaincus par le militantisme « cameronien »: les désastres écologiques à grand échelle, ça existe dans la vraie vie ! Par exemple en 2007, sous l’administration Bush. Une loi, votée sous la pression du lobby pro-charbon, autorise, dans le plus béat des silences médiatiques, la « décapitation » par explosif des montagnes de la chaîne des Appalaches. Manière d’extraire du charbon salement et pour pas cher. Imaginez le désastre pour l’écosystème ! Des scientifiques américains de la revue Science ont d’ailleurs dénoncé la catastrophe imminente. Quand 1160 km de cours d’eau finissent recouverts par les gravats, soit plus que la distance Paris-Rome, on peut s’attendre au pire ! Une sacrée injustice écologique, qui trouve un inquiétant écho dans Avatar…
Alors quand le 7e Art sert de caisse de résonance au militantisme de terrain , il est plus que juste d’applaudir. Cameron a eu le courage et la volonté de poser un acte cinématographique courageux et franchement pédagogique. N’en déplaise aux critiques, Hollywood n’est pas forcément cynique. Oui, Cameron est un écolo authentique !
Alexis Danan