Ce salon de l’agriculture est l’occasion d’accueillir un nouvel Eco’respondant : Mickaël Poillion, éleveur dans le Pas-de-Calais et blogueur enthousiaste. Il nous explique comment, en pratiquant l’agriculture biologique (10% de son exploitation) et l’agriculture de conservation (90% de ses champs), il gagne en temps de travail, en argent et en impact sur l’environnement.

Mickaël Poillion et une partie de son troupeau
A chaque fois que je croise des citadins, quand vient la question « … dans la vie ? », après avoir répondu « paysan », je me sens très vite obligé de préciser « avec une partie de l’exploitation en bio » pour au moins continuer la conversation ou trouver un peu d’estime dans leurs regards !
Pourtant je n’ai pas attendu les écolos, ni la sortie de « Home », ni même les bobos consommateurs de bio néozélandais, chilien ou marocain pour réfléchir à l’impact de mes choix de paysan sur l’environnement. J’ai su apprécier l’agriculture bio en rencontrant d’autres paysans qui le pratiquent depuis des lustres, puis en la pratiquant moi-même. J’ai découvert qu’on pouvait associer des plantes pour qu’elles s’entraident, que certaines cultures avaient la vertu de « nettoyer » le sol pour les cultures suivantes, que la luzerne effrayait le chardon…
Cette soif de comprendre les interactions entre les plantes, de connaître la vie du sol et de limiter les pesticides m’a amené aussi à découvrir ce qu’on appelle l’agriculture de conservation. Elle repose sur l’idée que le travail du sol est mauvais pour la vie du sol. Le labour arrache à la surface des champs toute la matière organique (vers de terre, paille, résidus de récoltes…) pour l’envoyer pourrir sous 20 centimètres de terre. Un grand gâchis !

Des cultures intermédiaires sur un champ de Mickaël Poillion
Alors j’arrête peu à peu de travailler le sol, et je demande aux plantes de le faire pour moi : la luzerne peut aller puiser de l’eau jusqu’à 5 mètres de profondeur, le radis chinois a des racines puissantes qui travaillent le sol naturellement, les légumineuses captent l’azote de l’air et la stockent dans la terre pour les cultures suivantes. Plus besoin d’ajouter d’engrais azotés ! Pourquoi ne pas profiter de cette richesse naturelle ?
L’agriculture de conservation mise donc sur le couvert permanent (la présence de plantes sur le sol sans discontinuer). Car un sol nu, c’est un sol qui se délite. Dès que j’ai moissonné du blé en août, par exemple, je sème de la moutarde, de la phacélie ou de l’avoine. Je ne les récolterai pas mais ils vont travailler le sol à ma place jusqu’au printemps suivant ! Je pourrai alors planter du maïs sans avoir fait trois ou quatre allers-retours en tracteur sur ma parcelle pour labourer, ou déchaumer.

Une fleur de phacélie
Au final je dépense moins de gazole et je mets 30% d’engrais en moins car les plantes intermédiaires ont nourri le sol. Et mon maïs est aussi beau que celui de mon voisin ! J’ai encore des progrès à faire, on ne m’a pas enseigné l’agriculture de conservation lors de mes études agricoles… D’ici 5 ou 6 ans, j’espère arriver à réduire mon utilisation de produits phytosanitaires de 80 à 90%.
Ces deux pratiques de l’agriculture, bio et de conservation, sont une révolution : je réduis mes charges, je redécouvre le métier de paysan et je retrouve de l’autonomie. C’est moi qui décide de mes cultures, et pas des techniciens experts en tel ou tel produit phytosanitaire. Pour moi l’écologie est un passeport pour la liberté !
Mickaël Poillion




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