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« Solutions locales pour un désordre global » : la claque

Vendredi 9 avril 2010

C’est LE documentaire vert du moment, celui dont tous les écolos parlent : « Solutions locales pour un désordre global« . Ou comment les citoyens peuvent sauver la planète de la folie des méchants agro-capitalistes. La réalisatrice Coline Serreau nous parle gros sous, agriculture moderne et empoisonnement généralisé. Anne Saurat-Dubois, notre nouvelle Eco’respondante, a coiffé le masque à gaz.

Solutions localesLa claque est tellement monumentale qu’on pense d’abord à un canular. La terre est en train de mourir, les Etats ont écoulé dans nos sols tous les stocks de poison qu’il leur restaient des deux guerres mondiales, toutes les plantes, et les animaux sont malades, le poison est partout, partout, et « tout cela se finira à la mitraillette ». Au départ, c’est un peu trop gros pour être crédible. D’autant que les images n’aident pas : la qualité est mauvaise, les plans serrés désastreux, et les mouvements de caméra catastrophiques. Peut-être est-ce voulu ?

Mais au final on s’habitue et on écoute le message. Des experts autonomes, créateurs de coopératives, paysans « self-made » nous expliquent où nous en sommes arrivés, pourquoi… et comment s’en sortir.

Où nous en sommes arrivés ? L’agriculture ne serait plus, aujourd’hui, qu’un énorme business, qui aurait perdu la tête. En effet, modifier du blé qui résistait aux insectes, pour le fragiliser et pouvoir vendre ensuite les insecticides qui vont avec, cela ressemble fort à du délire. On commence à s’inquiéter : Coline Serreau enfonce le clou, et nous bombarde d’horreurs. Des cochons mutilés aux enfants sans bras et sans jambes, en passant par les moutons qui meurent dans d’atroces souffrances après avoir brouté de la terre brûlée aux pesticides, on en arrive progressivement à une conclusion effrayante. En voulant contrôler la terre pour produire toujours plus, l’homme s’en sort finalement moins bien que la terre elle-même. Le responsable: le machisme humain. Tout contrôler, jusqu’à tout brûler, voilà ce qui a motivé ce désastre.

Blé

Des épis de blés abimés - Image extraite du film

La conclusion? Il nous reste, au maximum, 50 ans à tenir à ce rythme. Au-délà, la terre sera brûlée, et ce sera fini. Coline Serreau nous gratifie d’une fort jolie chanson en milieu de film, dont le refrain est totalement hors de propos. « Sleep tight, don’t worry » ( »Dors bien, ne t’en fais pas »). Tu parles.

Heureusement, la réalisatrice et ses acolytes nous donnent quelques solutions pour sortir la tête de l’eau: le retour à la sagesse ancienne. Les jachères, les engrais naturels, le contrôle des semences par les paysans… Eh oui, vous ne le saviez pas, mais si vous cultivez une semence qui n’est pas autorisée par l’Etat… c’est l’amende assurée. Autres solutions : le retour au local, le bio. Le boycott. Et enfin, surprise, le retour de la femme. La seule à avoir tenu les rênes de l’agriculture, jusqu’à ce que l’homme la vire et fasse n’importe quoi. Même les hommes du film le disent. C’est dire.

Rizière

Une rizière indienne fertilisée au compost - Image extraite du film

Les adeptes de la théorie du complot vont adorer. Les industriels agro-alimentaires vont détester. Que les arguments avancés soient véridiques ou non, il faut bien reconnaître qu’il est rare d’entendre, sur l’industrie agroalimentaire, autre chose que la lénifiante litanie des pubs télé qu’elle réalise elle-même.

Il faut, pour se faire un avis, avoir le pour et le contre. Ici, c’est le contre, et cela permet, sinon de se faire une opinion, du moins de réfléchir.

Anne Saurat-Dubois