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La Terre est assez grande pour tout le monde !

Frédérique ChartrandDes campagnes de stérilisation forcée au Pérou au nom de la lutte contre la pauvreté, tel est le thème du documentaire Le ventre des femmes, de Mathilde Damoisel, produit par Temps Noir et diffusé le 4 juin sur Arte. Nous avons demandé sa réaction à notre Eco’respondante Frédérique Chartrand, auteure du blog Maman écolo. Résultat : un joli coup de colère.

« En cinq ans, au Pérou, plus de 300 000 femmes et près de 30 000 hommes ont été stérilisés de force par le gouvernement d’Alberto Fujimori, soutenu par les instances internationales. Au nom de la lutte contre la pauvreté, les Indiennes quechua en ont été les premières victimes. ‘Ils ne m’ont rien demandé… Ils m’ont emmenée comme un animal dans la salle d’opération’, témoigne Yoni. Comme des milliers d’autres femmes, ses trompes ont été ligaturées de manière irréversible dans des conditions dangereuses. Nombreuses sont celles qui sont mortes des suites de leur stérilisation ou qui lui doivent, aujourd’hui encore, de lourdes séquelles. »

Femme enfant

En cinq ans, plus de 300 000 femmes ont été stérilisées au Pérou, beaucoup contre leur volonté. © Temps Noir

Le documentaire «Le Ventre des Femmes» montre bien que la pauvreté et la dégradation de l’environnement sont souvent citées pour justifier des politiques de contrôle de la fécondité des femmes. Mais c’est là prendre le problème par un mauvais angle. La Terre est assez grande pour tout le monde, que nous soyons 6 ou 12 milliards d’êtres humains.

La vraie source du problème se trouve dans notre mode de consommation, dans la façon de nous nourrir et dans le partage des ressources et de la richesse. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la FAO*, l’Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, dans un rapport de 2007: « Une conversion planétaire à l’agriculture biologique, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d’engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l’ordre de 2640 à 4380 kilocalories par personne et par jour. » Or le besoin énergétique moyen est de 2000 kilocalories pour une femme et de 2500 kilocalories pour un homme.

L’agriculture biologique peut donc nourrir la planète, que les femmes aient 1 ou 6 enfants. Une option que semble avoir mis de côté le Président péruvien Alberto Fujimori, malgré sa formation d’ingénieur agronome. Il a préféré mutiler le corps des citoyennes de son pays.

Felipa Pérou

Felipa - Les Indiennes Quechua, analphabètes pour la plupart, ont été les principales cibles de la campagne de stérilisation. © Temps Noir

Parallèlement, quand on sait que 30% des terres arables dans le monde sont cultivées pour nourrir le bétail, lequel finira sous forme de hamburgers ou d’entrecôtes sauce poivre dans les assiettes des occidentaux, on ne peut qu’être perplexe.

Selon le WWF, un Français a besoin de 4,9 hectares pour vivre, un Américain 9,2 hectares alors qu’un Péruvien se contente en moyenne de moins de 1,8 hectares. Le problème c’est nous, nos gouvernements et non les paysans perdus au fin fond des plateaux andins.

Aurelia Pérou

Aurélia - Les femmes stérilisées sont victimes de discrimination voire d'ostracisme de la part de leur communauté. © Temps Noir

Mais c’est bien connu – et «Le Ventre des Femmes» en est l’illustre exemple – l’hypocrisie et la politique font bon ménage. D’un côté les gouvernements occidentaux – via la Banque mondiale ou le Fonds pour la population des Nations Unies – prônent un contrôle de la croissance démographique dans les pays en voie de développement, et de l’autre, ces mêmes gouvernements ne remettent aucunement en question leur obsession de la croissance effrénée, énergivore à l’extrême et non durable.

Autrement dit, nous demandons aux populations pauvres de cesser de faire des enfants pour nous permettre de continuer à mener une vie faste.

Fujimori

Alberto Fujimori, ancien président du Pérou à l'origine de la campagne de stérilisation. Source : unanauperou.blogspot.com

Invoquer la sécurité alimentaire ou la paupérisation comme l’a fait le président Fujimori pour stériliser les femmes Quechua, relève de la bêtise et de la barbarie. Les vraies raisons sont ailleurs. Elles sont politiques. Fujimori avait la trouille. La trouille que les populations andines se soulèvent suite à des années de maltraitance et de discrimination. La trouille de perdre le pouvoir.

De tout temps, le pouvoir d’enfanter des femmes a dérangé les hommes et leur ventre en fut le bouc émissaire, l’ennemi à abattre. Il est plus simple d’accuser le ventre des femmes d’être responsable de nos malheurs que de changer les bases de nos systèmes socio-économique et ainsi permettre à tous de vivre dans la dignité.

Frédérique Chartrand

NB : le documentaire est à (re)voir sur Arte+7 jusqu’au 11 juin.

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4 commentaires pour „La Terre est assez grande pour tout le monde !“

  1. Denis Garnier dit :

    Tout d’abord au sujet du documentaire et de son analyse par Frédérique Chartrand:
    Disons le haut et fort, ce qui a été fait au Pérou est une honte. Ce président (d’extrême) droite est un criminel et c’est une bonne chose qu’il ait été jugé et condamné comme tel.
    Par contre, l’analyse sur la « trouille » de perdre le pouvoir ne tiens pas bien la route, car il faut plus d’un ou deux mandats présidentiels pour qu’une population s’accroisse de façon significative au point de créer une masse de déshérités susceptibles de renverser un gouvernement ou un système politique. Je pense plutôt qu’il s’agit d’un délire autoritaire, tout comme en Roumanie un autre dictateur avait eu le délire inverse:
    « En 1970, le régime Ceaucescu, convaincu qu’un pays fort est un pays très peuplé, mène une politique nataliste forcenée. Et il n’y va pas par quatre chemins : les célibataires de plus de vingt ans paieront des taxes, les couples sans enfants aussi. Contraception et avortement seront punis de peines allant jusqu’à la prison ferme. Les visites chez le gynécologue sont obligatoires. Les médecins pratiquant l’avortement risquent jusqu’à 25 ans de prison, voire la peine de mort en cas de récidive. »
    http://www.rfi.fr/actufr/articles/011/article_4617.asp

    Ensuite, l’affirmation « La Terre est assez grande pour tout le monde, que nous soyons 6 ou 12 milliards d’êtres humains » s’apparente plus à la méthode Coué qu’à une démonstration.

    Car, de quoi s’agit-il exactement? De les nourrir? De leur apporter le bien-être matériel? Qu’ils puissent vivre libres et s’épanouir?

    En ce qui concerne l’alimentation l’article cite le rapport 2007 de la FAO sur la possibilité de nourrir la population avec l’agriculture biologique. Sachant que celle-ci a un rendement inférieur, que les sols sont déjà amplement dégradés et acidifiés à cause de leur surexploitation chimique, on ne peut (avec Bruno Parmentier agronome et auteur de « Nourrir l’humanité ») que douter des conclusions de dudit rapport.

    Ce d’autant plus que la même FAO vient de tenir une conférence à Chiang Mai, en Thaïlande d’où il ressort (selon le journal Le Monde) que « le développement de la consommation d’insectes comme substitut de la viande ou du poisson fait partie des pistes étudiées très sérieusement par plusieurs experts, dont ceux de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour assurer la sécurité alimentaire mondiale dans les décennies à venir. La FAO est en train d’élaborer des recommandations, et devrait, avant la fin 2010, encourager officiellement ses États membres à « maintenir et développer » leur consommation. »
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/05/31/les-insectes-bifteck-de-l-avenir_1365476_3244.html
    Sans commentaires…

    Ceci étant, la question agricole, bien que fondamentale, est loin d’être la seule à poser problème. Le bien-être dont il a été question plus haut requiert aussi de l’énergie pour chauffer son logement (ou le refroidir), pour se déplacer, voyager etc. Or la fin (le pillage devrait-on dire) des énergies fossiles est programmée pour 2050/2100. Comment fera-t-on ensuite?

    Parlons maintenant des espaces naturels supprimés par l’urbanisation intensive. Rien qu’en France, qui n’est pourtant pas menacée de surpopulation, l’équivalent d’un département disparait sous le béton tous les 10 ans. Je vous laisse imaginer ce qu’il doit en être en Chine, en Inde ou même au Nigeria… La très forte diminution de ces espaces d’isolement et de ressourcement contraindra les êtres humains à une sorte d’enfermement citadin.

    Enfin il serait bon de ne pas oublier que nous ne sommes pas les propriétaires de cette planète, tout au plus les (mauvais?) gestionnaires. Il existe à nos côtés beaucoup d’autres espèces vivantes, dont la faune sauvage emblématique que nous éliminons peu à peu du fait de l’appropriation de tous ses territoires. Rappelons que les Tigres sont déjà plus nombreux en captivité qu’à l’état sauvage, que les Lions, les Rhinocéros et autres Gorilles ne seront bientôt plus présents, au mieux que dans des zoos, au pire « couchés » sur les ouvrages glacés des photographes de renom.

    Finalement, continuer à appeler de façon imprudente à la poursuite de la croissance démographique est le plus mauvais service que l’on puisse rendre à l’espèce humaine.

  2. Luc Duina dit :

    Suite à votre invitation, lors de votre magazine TV de ce jour traitant de la LENTEUR sacralisée en Bretagne et confronté au nouveau suicide d’un confrère hier (car il y a eu plusieurs ces temps derniers), permettez-moi de faire un parallèle peut-être difficile à aborder mais réaliste de ces deux évènements en vous racontant une histoire (moi aussi j’adore les histoires…)

    En 2005, alors que mon métier d’Architecture me prenait plus que mon temps à raison d’environ 20 heures par jour weekend compris, avec des salaires sympathiques mais baissant d’exercices en exercices… j’étais au bout du rouleau, mais comme chaque fois que cela arrive à quelqu’un, vous êtes le dernier à vous en apercevoir.

    La compagne qui partageait ma vie, avait aussi ces soucis, à croire que l’on choisi toujours de vivre auprès de quelqu’un qui vous ressemble… La boisson devint malheureusement un compagnon plus proche d’elle que je n’aurait pu l’être.

    Inconsciemment à cette époque de ma vie, j’avais le choix : soit le suicide, bof cela ne collait pas très bien avec mon esprit battant et vivant malgré tout, la crise cardiaque rapide et cassante mais elle tardait à venir.. c’est vers la dépression que je jetais mon dévolu. (la tumeur et le cancer ne serait pas pour tout de suite car il faut des années de préparation pour y accéder, je n’avais pas le nombre de trimestres suffisants pour prétendre à ce genre de traitement…) mon choix se portait sur une dépression naissante mais non encore visible à l’œil nu.

    Je décidais de réagir comme je l’avais toujours fait, efficace, pragmatique, incontournable et volontaire en toute circonstance, je rencontrais une psychanalyste afin de gérer mon problème, sur les bons conseils d’un excellent ami chirurgien/dentiste.

    Dans les mois qui suivirent, je rencontrai un client, orthobiologiste ??, qui me consultait pour lui créer un cabinet de soins médicaux en relation avec sa pratique, il fallait pour cela que j’apprenne de quoi il retournais. Lors de nos réunions de travail à propos de cette activité peu connue, il m’informa qu’il était explorateur en parallèle de ce métier que je découvrais et qu’il réalisait régulièrement, pour mieux maîtriser sa pratique, des expéditions au pôle-nord. A 28 ans, il avait même écrit un livre.

    Quelques mois plus tard et au bout de plusieurs semaines d’entrainement intensif, je me retrouvais au pôle-nord en compagnie des plus grands explorateurs du moment.

    C’était non seulement magique et surréaliste, mais cette expérience a changer littéralement ma vie : j’ai appris à me pauser, à observer et à réfléchir sur ma personne, à vivre l’instant présent car là-haut à moins 40° Celsius, les simples tâches faciles et primordiales, demandent un temps infini pour les réaliser tellement les protocoles sont draconiens si l’on veut garder ses doigts intactes, sans qu’ils ne gèlent en trente secondes, fautes de ne pas s’être protégé. La vie ne tient qu’à un fil à tous moments, la moindre erreur est fatale.

    Tout devient compliqué, LENT, plus difficile ; on prend conscience de qui nous sommes ; que nous sommes tout sauf des machines, des esclaves du progrès ; nous ne sommes que des hommes, seulement des hommes mais aussi de belles choses à respecter ; il faut respecter son corps, en prendre soins pour e pas qu’il gèle et respecter son voisin pour les mêmes raisons (ce n’est pas rien un voisin, ce n’est pas seulement le « gueulard du samedi soir », ça peut rendre service un voisin, ça peut nous aider dans les moments difficiles ou de solitude par exemple, en bref, ça peut nous sauver la vie dans un cas de coups durs)

    Depuis mon retour d’expédition avec Arnaud TORTEL et Alain HUBERT en Avril 2006, j’ai changé, je fais des conférences toute l’année pour expliquer aux jeunes gens… qu’il est bon d’être « un homme », surtout si l’on s’en rend compte, pour cela il y a des astuces et je m’applique à les mettre en évidences.

    Il faut savoir s’arrêter pour profiter de la vie « ici et maintenant » comme on le lit parfois dans certains livres « tendance », mais il ne suffit pas de le lire, il faut l’intégrer, avoir la foi pour cette RESTAURATION :
    La restauration c’est d’abord s’arrêter (comme faire une ancien halte dans un relais-poste au XVIIème siècle) et rétablir son équilibre vital pour mieux repartir « à bloc » le lendemain ; c’est aussi se restaurer dans le sens de se nourrir non seulement de nourritures terrestres saines mais surtout de nourriture céleste en nous, dans notre « Moi profond », c’est retrouver un peu d’amour de nous (les gens qui courent ne s’aiment fondamentalement pas, c’est pour cela qu’ils se brisent de ne pas s’être assez aimé) et vivre au lieu de survivre.

    Il faut avoir les moyens et le courage de faire cette démarche vitale… ou y être obligé ?!
    Pour ma part, si je n’avais pas agi ainsi, je n’écrirais pas ces lignes aujourd’hui… je pense que ma tombe serait bien fleurie…

    Merci d’avoir lu jusque-là, c’est la preuve que mon récit a été « considéré ». Vous avez vécu cette petite histoire pendant ces temps précieux (près-des-cieux) ce n’est rien d’autre, pas de dieu à barbe blanche dans le ciel, simplement vous, avec vous même)

    Je suis Luc Duina
    Architecte Intérieur qualifié UNAID
    Architecte Organique IFMA-France

    Peut-être sera elle lue, appréciée et salutaire à d’autres êtres conscients (con scienza = avec la science) de leur humanité. (être est un verbe, autant qu’un nom : quand vous faites se rejoindre les deux dans votre âme, vous devenez un homme conscient, selon W.Shakespeare)

  3. Luc Duina dit :

    Rectification : ce texte se rapporte au sujet « VIVRE PLUS LENTEMENT »

  4. Guy33Olive dit :

    Following my investigation, thousands of persons in the world receive the mortgage loans from well known banks. Hence, there is a good possibility to receive a secured loan in all countries.

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