Trois familles françaises immergées chez des peuples indigènes isolés, tel est le scénario de base de « Bienvenue dans ma tribu« , une série de télé-réalité dont la diffusion a commencé le 13 juillet. Sophie Baillon est porte-parole en France de l’ONG Survival, qui défend les droits des peuples indigènes. Le premier épisode de la série l’a fait bondir.

Un homme du peuple Hull, en Papouasie Nouvelle Guinée. Source : Reine Bensaid
Pourra-t-on un jour cesser de qualifier les peuples indigènes de « primitifs » ? Le premier épisode de cette émission, produite par Alexia Laroche Joubert, qualifie de « primitif » le mode de vie des peuples indigènes auprès desquels se rendent trois familles françaises. A quel titre peut-on prétendre que ces peuples soient restés figés dans l’histoire ?
L’emploi des termes tels que « primitifs » ou hommes de la « préhistoire » n’est pas approprié, quelle que soit la manière dont on les interprète. Toutes les sociétés évoluent et s’adaptent continuellement, aucune ne reste figée dans le temps. Comme l’a dit un chasseur bushman de la Réserve du Kalahari central au Botswana : « Nous ne sommes pas primitifs. Nous vivons d’une manière différente de la vôtre, mais nous ne vivons pas non plus comme nos grands-parents, tout comme vous ».

Chez les Surmas, en Ethiopie. Source : Jean-Marc Sureau
Ainsi, les jeunes Kayapó du Haut Xingu au Brésil ne portent pratiquement plus le plateau labial comme le porte encore Raoni, leur leader. Toujours au Brésil, certains Guarani du Mato Grosso do Sul s’habillent en pantalon, t-shirts et chaussures, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont plus Indiens. Simplement leur société évolue, au même titre que la nôtre, mais pas forcément de la même façon.
Depuis l’époque coloniale, des formules extrêmement péjoratives telles que « primitifs vivant encore à l’âge de pierre » sont couramment utilisées pour qualifier les peuples indigènes. Elles renforcent l’idée que ces peuples n’auraient pas évolué depuis des générations et qu’ils seraient restés au ban de la « civilisation » ou du « progrès ».

Chez les Zaparas, en Equateur. Source : Reine Bensaid
Le préjugé selon lequel les peuples indigènes sont arriérés mène directement à leur persécution. On affirme par exemple que c’est « pour leur bien » que leur est imposé le développement et que celui-ci les aidera à « rattraper » le monde « civilisé ». Le résultat est presque toujours catastrophique et conduit à la dépendance, à la misère, à l’alcoolisme, à la prostitution, à la maladie et à la mort. Les Bushmen du Botswana, entassés dans des « camps de relocalisation » sous prétexte de leur apporter le développement, sont voués à la dépression et aux maladies telles que l’hépatite ou le sida. Les Guarani du Brésil souffrent de malnutrition et d’alcoolisme et font l’objet de détentions arbitraires. Leur taux de suicide est l’un des plus élevés du monde : plus de 625 Guarani se sont suicidés depuis 1981 (soit près de 1,5 % de la population). Même des enfants guarani, dont l’un était âgé de neuf ans, ont mis fin à leurs jours.

Une des familles participant à l'émission, auprès des Surmas d'Ethiopie. Source : Jean-Marc Sureau
La deuxième question que l’on se pose en voyant des émissions comme « Bienvenue dans ma tribu » c’est : montrent-elles la réalité des peuples indigènes ? N’essaie-t-on pas plutôt d’en donner une image folklorique, image à laquelle s’attendent les téléspectateurs et qui s’apparente beaucoup plus au mythe du « bon sauvage » qu’à ce qu’ils sont en réalité ? Certes, les membres de certaines tribus papoues sont connus pour être de célèbres guerriers. Mais vous attendent-ils vraiment sur le ‘pied de guerre’ tel qu’ils étaient présentés à l’arrivée d’une de ces familles ? Est-ce là l’unique détail qu’il faut retenir de la manière dont se présente ce peuple ?

Scène de chasse chez les Surmas en Ethiopie. Source : Jean-Marc Sureau
L’an dernier, en Espagne, Tele Cuatroa produit un programme similaire, « Perdidos en la Tribu ».Un programme que l’ONG CEAR a condamné, arguant que les protagonistes indigènes étaient « tournés en ridicule » et sortis de leur contexte culturel. Sans compter la maigre rémunération qu’ils avaient perçue et qui ne correspondait même pas à ce qu’ils avaient perdu en journées de travail.
Survival mène depuis plusieurs années une campagne intitulée « Racisme dans les médias » pour attirer l’attention des médias sur l’usage abusif d’un vocabulaire chargé de stéréotypes à propos des peuples indigènes. Cette campagne a reçu l’adhésion et le soutien d’éminents journalistes parmi lesquels John Simpson, John Pilger, Christopher Booker, Sandy Gall et George Monbiot.

Femmes surmas, en Ethiopie. Source : Jean-Marc Sureau
L’usage de certains mots contribue à construire une forme de réalité dans l’inconscient collectif. Nous demandons de ne pas vulgariser ce genre de stéréotypes, qui ne peuvent que renforcer la réelle détresse de certains peuples indigènes.
Nous vous invitons donc à écrire après nous à Alexia Laroche Joubert, la productrice de l’émission « Bienvenue dans ma tribu »*, pour lui faire part de votre indignation devant ce type d’émission et des préjugés et stéréotypes négatifs à l’égard des peuples indigènes qu’elle contribue à véhiculer.
* Ecrire à ALJ Productions, 118 rue de Tocqueville 75017, ou sur la page facebook de l’émission


Être propulsé comme ça à l’autre bout de la Terre, juste en passant une porte, ça n’arrive pas tous les jours.
Le parcours dans la serre est parsemé de panonceaux. Le cahier à la main, les enfants essaient de les dessiner, notent le nom des plantes et le fonctionnement des écosystèmes. Ils se transforment pendant quelques heures en explorateurs et se mettent un peu de biodiversité dans la tête.
Troisième caractéristique du paysan qu’on aime, chez Global : il fait la révolution au milieu de ses champs. 



Ecolorama
RSS
Facebook
Twitter