De Nagoya au Grand Mont
La fameuse formule « Penser globalement, agir localement » a été reprise et réappropriée par tant de monde que l’on ne sait plus que son auteur en est René Dubos (agronome, biologiste et écologue français, 1901-1982). Une bonne illustration de la réalité de ce mode de pensée en est l’accord de Nagoya qui peut se décliner localement… jusque dans mon village.
Par Michel Lerond
La conférence de Nagoya, qui s’est tenue du 18 au 29 octobre, a été le point d’orgue de l’année internationale de la biodiversité et une note d’espoir, en fonction des accords auxquels sont parvenus les 193 pays participants. Trois textes clés ont été adoptés : le protocole sur le partage des richesses génétiques, le nouveau plan stratégique de la Convention sur la diversité biologique et la mobilisation des ressources financières. Il est vrai qu’à ce stade ce sont surtout des intentions, qu’il faudra concrétiser dans les divers états concernés. Sans doute cet accord de Nagoya manque-t-il de contraintes fortes et de sanctions en cas de non respect, mais c’est une avancée dont il faut se réjouir. De façon majeure, Nagoya affirme l’importance fondamentale de la nature pour l’économie et la société.
Dans mon village de Normandie, il y a le « Grand Mont », l’effondrement du bombement calcaire initial de l’ère tertiaire. L’érosion a entamé le substrat en laissant des buttes témoins, plus dures. Cette forme élevée, arrondie et douce, avec son flanc creusé du « Fer à Cheval », ne manque pas de susciter la curiosité du fait de sa grande originalité parmi nos paysages. Le Grand Mont constitue un patrimoine important, tant pour sa valeur paysagère (une des plus importantes buttes témoins du Pays de Bray, même si l’altitude n’est que de 186 mètres) que pour l’intérêt de sa végétation (présence d’orchidées sauvages, de gentianes d’Allemagne et autres plantes caractéristiques des coteaux calcaires). Une centaine d’espèces de plantes, dont une dizaine d’espèces d’orchidées (2 à 4.000 individus selon les saisons), font de ce site un des plus riches de toute la Haute-Normandie.
Ce sont ces arguments qui ont justifié que le Grand Mont soit un site Natura 2000, recensement européen des sites naturels importants et depuis cette année, il est classé « Espace Naturel sensible » par le Département de la Seine-Maritime, ce qui va permettre d’en assurer une gestion écologique. Le Conseil Général de la Seine-Maritime a fait réaliser des vidéos sur les sites remarquables du département. Parmi ces lieux, il a sélectionné les sentiers de randonnée, et en particulier celui qui parcourt le Grand Mont de Sigy :
La Feuillie ou la « petite auvergne »
La biodiversité, l’ensemble des êtres vivants dans la nature, constitue notre milieu de vie et nous apporte tout ce dont nous avons besoin pour vivre. Notre alimentation, nos vêtements, nos matériaux de construction, nos médicaments, viennent de la nature ; parfois directement, parfois en copiant la nature. Par ailleurs, la nature repose sur des équilibres complexes et fragiles qu’on ne peut modifier qu’avec précaution. C’est pourquoi il est indispensable de maintenir le maximum de diversité dans nos jardins, nos bois, nos prairies, afin d’assurer… notre survie, comme l’a rappelé l’Académie des Sciences dans un dossier intitulé « Libres points de vue d’Académiciens sur la biodiversité », à l’occasion de l’Année internationale de la biodiversité.
Il ne s’agit pas seulement d’agiter de « bons sentiments », il s’agit aussi d’économie. Comment imaginer l’agriculture sans le respect de la nature, le tourisme sans la qualité des paysages ou les médicaments sans faire appel, très souvent, à des plantes exotiques de contrées lointaines.
Michel Lerond, écologue essayiste
Pour lire d’autres chroniques de Michel Lerond, consultez son blog ou jetez un oeil à son livre, Qu’est-ce qu’on attend, publié chez L’Harmattan en avril 2010 (14,50 euros).







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