Pour un débat public sur l’agriculture
En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson publiait son ouvrage Silent Spring (Printemps silencieux) qui accusait certains pesticides d’être dangereux pour les oiseaux et pour l’homme. Ce livre fut à l’origine d’une prise de conscience de l’opinion publique en Amérique, puis en Europe. C’était il y a… 49 ans.
Par Michel Lerond
Aujourd’hui, les herbicides, fongicides, insecticides destinés à détruire les vecteurs de maladies des plantes et à protéger les cultures des parasites et des mauvaises herbes, sont utilisés en masse. La France est le deuxième consommateur mondial, derrière les Etats-Unis.
L’agriculture européenne traverse des difficultés, au moment où un milliard de terriens souffrent de la faim. La récente crise du lait a révélé un raccourci caricatural de la situation : le lait européen, produit à partir de vaches nourries au soja brésilien, crée des carences alimentaires pour les Brésiliens et détruit la forêt tropicale, sans permettre aux agriculteurs Européens de vivre de leur activité ! C’est récemment, à cause des « émeutes de la faim », que l’on a re-découvert l’importance stratégique de l’agriculture vivrière. Mais celle-ci ne sera possible que si l’on dispose des sols nécessaires et d’un potentiel de variétés important afin de pouvoir s’adapter en permanence à des exigences climatiques dures. Pour cela des conservatoires ont été mis en place ces dernières années, mais cela reste marginal.
Ces constats nous ramènent à des considérations basiques : l’agriculture doit assurer d’abord l’alimentation des populations locales. Mais quel est donc le bilan réel de l’agriculture française ? Quel bilan écologique et quel bilan économique ? La question est simple et mérite d’être posée, même si la réponse n’est pas aisée. La production agricole est largement financée par le contribuable, très peu par le consommateur, elle est donc une production publique, de fait. Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement : l’Etat pourrait assurer le « service public de l’alimentation » en contractualisant, via une agence de l’alimentation, avec les agriculteurs pour définir les productions, leur qualité et leur prix.
La promotion de méthodes alternatives aux moyens chimiques, l’aménagement de l’espace rural qui respecte les haies, talus et fossés, la gestion douce qui met la santé de l’homme et la protection de l’environnement au centre de la problématique de production agricole, voilà quelques voies où s’engager. C’est ce message que des associations essaient de faire passer, en concertation avec les agriculteurs. Ainsi, le film La bergère et l’orchidée (Association Brayonne Dynamique et Beaubec productions) sortira bientôt pour faire savoir que le métier de berger transhumant doit se poursuivre, car il est la garantie du maintien de la biodiversité et de l’authenticité du paysage.
La bergère et l’orchidée
envoyé par BeaubecProductions. – Regardez des web séries et des films.
La consultation publique sur l’avenir de la PAC, d’après 2013, est ouverte jusqu’en juin. C’est une belle opportunité pour faire reconnaître le travail des agriculteurs au service de l’intérêt général, dans le cadre d’une réflexion collective, entre ruraux et urbains, pour aller vers plus de respect de l’environnement.
Il est urgent de faire évoluer l’agriculture vers une priorité des politiques publiques, dans la concertation avec les citoyens, en ne faisant plus de l’expression « paysan » une injure, mais un compliment. C’est tout l’enjeu du débat public que nous devons avoir
Michel Lerond, écologue essayiste
Pour lire d’autres chroniques de Michel Lerond, consultez son blog ou jetez un oeil à son livre, Qu’est-ce qu’on attend, publié chez L’Harmattan en avril 2010 (14,50 euros).
Photographie en Creative Commons de Richardmasoner, via Flickr.





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