Séisme : comment le Japon a limité les dégâts
« Plus ça allait plus ça devenait violent! Et là on se dit que ça ne va jamais s’arrêter… » : les témoins du tremblement de terre qui a frappé le Japon ce vendredi décrivent, comme ici sur 20minutes.fr, un événement très violent. Et pour cause : le séisme a atteint 8.9 de magnitude, soit le plus important jamais mesuré par les outils modernes dans ce pays, selon le physicien Jean-Pierre Vilotte, contacté par Global mag.
Pourtant, au vu de l’importance du séisme, le nombre de victimes reste pour l’instant modéré. En fin de matinée, on déplorait moins de 30 morts. « Un séisme de même magnitude dans un pays du tiers-monde aurait sans doute provoqué des dizaines de milliers de morts », estime Patrick Coulombel, président de l’ONG Architectes de l’urgence, joint par Global, citant, par exemple, le séisme en Haïti, en 2010.
Un séisme loin des côtes
La première explication réside dans le type de séisme. « Il s’agit d’un séisme par subduction, à la limite entre les plaques euro-asiatique et pacifique », explique le géologue des tremblements de terre à l’Institut de la Physique du Globe de Strasbourg, Mustafa Mégrahoui. Concrètement, les deux plaques sont en pression l’une contre l’autre, des déformations s’accumulent, ainsi qu’une énergie élastique. Celle-ci se libère brutalement, lors d’une glissement d’une plaque sous l’autre, provoquant un séisme.
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Si ce mouvement est très violent, il s’est néanmoins déroulé à 250 km de Tokyo et à plus de 100 km des côtes. « Cela explique des dégâts modérés », note Mustafa Mégrahoui, « car le séisme n’a pas eu lieu directement sous la côte japonaise ». L’archipel n’est donc touché « que » par la propagation des ondes.
Un système de surveillance en temps réel
Il n’en reste pas moins que la région touchée est une région très urbanisée, comprenant de nombreuses industries et ports. « Mais le Japon est extrêmement sensibilisé à la problématique des séismes, explique Jean-Pierre Vilotte, de l’Institut de Physique du Globe de Paris. Ils ont des normes parasismiques extrêmement contraignantes, qui ont encore été réévaluées après le drame de Kobé, en 1995, qui avait traumatisé le pays ».
Concrètement, un système de surveillance sismologique « extrêmement dense, surement le plus dense au monde » scrute les mouvements du globe en temps réel, détaille le physicien. Grâce à cela, des systèmes d’alerte précoce ont été mis en place, avertissant les autorités dès l’arrivée des premières ondes. Ce qui permet notamment l’arrêt immédiat des centrales nucléaires (4 ont été mises à l’arrêt ce vendredi selon l’AIEA). « Les trains eux aussi s’arrêtent dans la seconde », précise également Jean-Pierre Vilotte.
Des normes parasismiques extrêmement contraignantes
Et évidemment, le point fort des Japonais dans la lutte contre les séismes, ce sont leurs constructions avec d’importantes normes parasismiques. « C’est simple, ce sont les meilleurs, explique Patrick Coulombel, président de l’ONG Architectes de l’urgence. S’il y a peu de victimes pour le moment, c’est qu’ils savent construire ».
« Ils ont fait évolué leurs constructions, en utilisant par exemple du métal, qui supporte mieux les séismes, détaille-t-il. Ils emploient également des fondations spécifiques, qui font office d’amortisseurs. » L’acier va par exemple encaisser très bien les déformations. Quant au verre, il peut s’allonger de 4 à 5%.
Pour construire des bâtiments résistants face aux séismes, les architectes disposent de deux stratégies principales : « soit on mise sur du dur, avec du béton très ferraillé, qui va donc être très solide, soit on préfère le léger, qui accepte de se déformer », décrit Patrick Coulombel. Les Japonais, eux, misent généralement sur la deuxième solution.
Le tsunami, responsable des plus gros dégâts
Les architectes choisissent également soigneusement l’implantation des bâtiments : pas question de construire sur du sable par exemple, ils privilégient des roches dures et résistantes. Toute une éducation, dans un pays qui vit les tremblements de terre au quotidien.
Aussi, pour l’instant « beaucoup des dégâts constatés ce vendredi sont liés au tsunami, et non au séisme », conclut le physicien Jean-Pierre Vilotte. Et en effet, 200 à 300 corps auraient déjà été découverts sur une plage de Sendai. Des vagues de parfois plus de 10 mètres de haut qui ont fragilisé les côtes et les habitations, les rendant plus vulnérables aux nombreuses répliques attendues dans les heures et les mois à venir.
Oriane Raffin




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