Continuer à informer ou protéger ses équipes : c’est le débat qui anime les rédactions françaises depuis le début de la catastrophe au Japon. Partis pour couvrir un séisme et un tsunami, les journalistes se retrouvent en plein accident nucléaire, avec peu d’informations sur les risques exactes.
Plusieurs directeurs de rédactions ont d’ores et déjà décidé de rapatrier leurs équipes. A Radio France, techniciens et journalistes ont été rappelés en France, à l’exception du correspondant permanent et d’un journaliste qui a été délocalisé dans le nord du pays, plus loin des risques.
Scénario similaire à France 2. Seules deux équipes restent sur place, mais à Osaka. Les explications d’Eric Monier, directeur de la rédaction de la chaîne publique :
Raphaël Hitier, notre chroniqueur scientifique, revient sur les risques encourus par les populations japonaises suite à la catastrophe nucléaire en cours à Fukushima. Aujourd’hui, il concentre ses explications sur les risques majeurs, liés à l’iode :
L’ensemble de la planète a les yeux rivés sur Fukushima et sa centrale hors de contrôle. Ce mercredi, Nathalie Kociusko-Morizet a changé de ton, reconnaissant sur I-Télé la gravité de la situation, parlant d’un « risque de catastrophe majeure ».
Selon l’AFP, depuis le début de la semaine, les pharmacies françaises ont connu un afflux de demande de pastilles d’iode. Même scénario en Belgique ou à Vladivostok. Dans cette ville russe, située à 1.000 km de la centrale, les Russes achètent massivement des médicaments contenant de l’iode.
Dans France Soir, Anne Lecroart, secrétaire générale francophone de l’Association pharmaceutique belge, explique pourtant : « Il est inutile de se présenter dans une pharmacie pour y retirer des comprimés d’iode. Certains patients affirment même avoir reçu le conseil de professionnels de la santé d’en prendre dès maintenant. »
Saturation de la thyroïde en iode
Si elles sont à prendre avec modération, les pastilles d’iode sont utiles en cas d’exposition à des radiations. En effet, elles saturent la thyroïde en iode, et l’iode radioactive ne sera donc pas fixée par cette glande. Mais attention, selon Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la Criirad, « ça ne joue pas sur les radiations externes et sur les autres nucléides comme le césium. ». Pas une panacée donc.
En France, des pastilles d’iode sont censées être à disposition de la population. Laure Noualhat a mené l’enquête :
Nicolas Sarkozy vient de réaffirmer sa confiance au nucléaire français, qui fournit au pays 80% de ses besoins en électricité. Parmi les fiertés de la filière figure l’EPR (European Pressurized Reactor), un réacteur de troisième génération que son concepteur, Areva, présente comme plus sûr que les réacteurs actuels. L’un d’eux est en construction en Finlande, un autre à Flamanville, dans la Manche, mais les chantiers accusent du retard.
En Haute-Normandie un débat public a eu lieu l’an dernier autour de la construction d’un EPR à Penly, près de deux réacteurs déjà en fonctionnement. Petite présentation vidéo du projet, entre affirmations rassurantes d’EDF et inquiétudes des habitants ou militants de la région.
Selon un point de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la situation est toujours préoccupante, notamment au niveau du réacteur 4, à l’arrêt, mais dont la piscine de stockage de combustible usager connaît d’importantes difficultés. En fin de journée, l’autorité américaine de régulation nucléaire a annoncé pour sa part que la piscine de stockage ne contenait plus d’eau du tout, ce qui entraîne des niveaux très élevés de radiations. L’ossature du bâtiment est très endommagée.
Au niveau du réacteur 2, l’enceinte de confinement n’est plus complètement étanche, et le cœur est déjà en fusion partielle, tout comme dans les réacteurs 1 et 3. Ces deux derniers ont en revanche des enceintes de confinement intactes.
Où en sont les opérations de refroidissement de la centrale ? En raison de la forte radioactivité dans la centrale, le travail est très compliqué pour la cinquantaine d’employés de Tepco, sur place. La société a tenté de déverser de l’eau sur le réacteur 4, avec un hélicoptère, mais là encore, la radioactivité dans l’air a empêché de poursuivre cette opération. La nuit étant tombée entre temps (il y a un décalage horaire de 8h entre Paris et Tokyo), les interventions aériennes ne sont plus possibles aujourd’hui.
Et la population ?
En fin de matinée, ce mercredi, un avion de ressortissants français était attendu à Paris. Vincent, un Français de Tokyo, a décidé d’aller passer quelques jours chez ses beaux-parents, avec sa femme et son fils, à Kyoto. Il nous raconte :
En fin de journée, le Royaume-Uni a conseillé à ses ressortissants de quitter le nord du pays et Tokyo, selon Reuters. Les Etats-Unis, eux, ont conseillé aux Américains d’évacuer une zone de 80 km autour de la centrale de Fukushima. «L’inquiétude et la colère du peuple de Fukushima est à son comble», a par ailleurs déclaré le gouverneur de la province, Yuhei Sato.
Ce mercredi soir, la Sécurité civile française, jusqu’ici basée à Sendai, a décidé de quitter la zone et de rejoindre le nord du Japon.
Vous pouvez suivre les infos en direct de la chaîne de télévision japonaise NHK, en anglais :
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