Archive pour mars 2011

Tepco : communication, dissimulation et désinformation

Jeudi 31 mars 2011

Avant la catastrophe du 11 mars, Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, était considéré comme le producteur d’électricité le plus performant au Japon, offrant un meilleur service que ses neuf concurrents. Mais voilà que tout s’est emballé pour cette entreprise aujourd’hui décriée. Dissimulation, désinformation, manquements graves : Tepco est accusé de tous les maux et ce n’est pas un hasard.

tepco

Tout a commencé par un problème de communication, une habitude chez Tepco. Naoto Kan, le Premier ministre japonais, s’en est d’ailleurs énervé selon Le Monde : «  Alors que les explosions étaient filmées par toutes les télévisions, il vous a fallu plus d’une heure pour en informer le gouvernement, a-t-il reproché aux dirigeants de l’entreprise. Il est vrai que le PDG de Tepco, Masataka Shimizu, avait attendu 29 heures après le début des problèmes. Une intervention vite critiquée. « S’ensuivront communiqués incompréhensibles, conférences de presse évasives, briefings sans aucune information », note le New York Times.

Le 16 mars, un haut responsable du Ministère de la défense a critiqué Tepco après que des soldats ont été blessés et peut-être exposés à des rayonnements, quand une explosion a soufflé une partie du bâtiment du réacteur n° 3. « Lorsqu’ils nous disent que c’est sûr, nous leur faisons tout simplement confiance », a-t-il regretté.

La vérité en chiffres

Grosse erreur ! Car à Tepco, on s’arrange avec les chiffres. Selon RFI, l’entreprise modifie ses modes de calculs pour minimiser la radioactivité dans la centrale, affirment des experts indépendants. Et le gouvernement qui n’a qu’une source d’information, est, au mieux floué, au pire alarmé, mais trop tard.

Que les liquidateurs se rassurent « Les taux de radioactivité ne sont plus 10 millions de fois plus élevés que les normes admises près des systèmes de refroidissement mais seulement 100 000 fois » : dimanche 27 mars, la compagnie a publié un communiqué annonçant un taux d’iode 134 exorbitant. Plus de neuf heures après, alors que les experts s’inquiétaient, la compagnie a publié un rectificatif : elle s’était trompée d’un facteur 100.

Incidents avant l’accident

Tepco n’en est pas à son premier souci de communication. L’entreprise est même connue pour des affaires de malversations et de corruption. Le Monde et Le Figaro révèlent que les rapports d’inspection de routine menées par le gouvernement (plus de 200 en vingt ans) ont été régulièrement maquillés pendant parfois 25 ans. «Ils avaient fait fort, note Roland Desbordes, président de la Criirad, contacté par Global mag. Dissimulation, trucage d’analyses, corruption…»

Mais le 29 août 2002, le subterfuge a été découvert. L’agence de sûreté nucléaire industrielle japonaise (Nuclear Industrial Safety Agency) révélait cette falsification de documents sans précédent. Elle avait pour objectif de couvrir au moins trois incidents dans les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa (à 200km au nord de Tokyo). Ce scandale a contraint Tepco à arrêter 7 de ses 17 réacteurs nucléaires pour inspection en octobre 2002 et à limoger la direction de l’époque.

En 2007, l’entreprise était une nouvelle fois épinglée, avec dix autres compagnies. La NISA avait révélé qu’entre 1978 et 2002, 97 incidents, dont 19 jugés « critiques », avaient été dissimulés aux autorités. Tepco était la plus critiquée.

Suite à ces erreurs à répétition, les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s ont annoncé vendredi 25 mars avoir abaissé la note de la dette à long terme de Tepco. Le fournisseur d’électricité est désormais « sous surveillance négative », ce qui signifie que sa note pourrait à nouveau baisser dans les mois à venir.

Christofer Jauneau

Sommaire du jeudi 31 mars

Jeudi 31 mars 2011

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Focus – Zoobusiness en Colombie
Avec 10% de la biodiversité mondiale, ce pays offre une faune et une flore très riches mais aujourd’hui menacées. Notamment par le trafic illégal d’animaux, des singes ou des tortues par exemple. Les autorités s’attaquent aujourd’hui à ce fléau et encouragent l’élevage d’animaux exotiques.

Vie quotidienne – Le commerce équitable concerne aussi les agriculteurs français
Il n’est plus seulement l’apanage des pays en voie de développement : des producteurs français vendent aussi via le commerce équitable, ce qui leurs assure des revenus minimums.

Cuisine – Le café, pas si mauvais pour la santé ?
Bourré d’antioxydants et bronco-dilatateur, le café ne serait pas si mauvais que ça. Il aiderait aussi à lutter contre la maladie de Parkinson. Mais attention à ne pas en abuser ! Luc Smilovici nous livre ses conseils.

Planète durable – Autopsie de poubelles
Une association écologiste organise des mises en scène pour faire prendre conscience aux Français de nos excès en terme de déchets. Ce qu’on jette dans nos poubelles est-il vraiment irrécupérable ?

Des spectacles écolos pour enfants

Mercredi 30 mars 2011

Le théâtre pour sensibiliser les élèves à l’environnement. C’est ce que propose le Clastic Théâtre avec ses marionnettes en matériaux récupérés. On y parle marée noire, surconsommation ou déchets. Et c’est surtout l’occasion d’ouvrir le débat en classe.

Des sites pour donner au lieu de jeter

Mercredi 30 mars 2011

Et si au lieu de mettre des objets qui ne vous servent plus à la poubelle vous les donniez à quelqu’un qui en aurait l’utilité ? C’est le principe des sites de dons, comme Recupe.net, véritables outils écolos et solidaires.

Accident nucléaire au Japon : quels sont les risques pour la faune et la flore en mer ?

Mercredi 30 mars 2011

Les rejets radioactifs dans l’océan Pacifique de la centrale de Fukushima, au Japon, augmentent chaque jour. Ce mercredi, un communiqué de Tepco fait état d’une concentration en iode radioactive 3.355 fois supérieure à la norme autorisée. Quelles sont les conséquences pour la faune et la flore ? Nos explications.

« Jusqu’à présent, tout est bâti sur l’homme. On estime que si l’homme est protégé, la nature l’est aussi », explique David Boilley, physicien et président de l’ACRO, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest, contacté par Global. Résultat : pas beaucoup d’études sur le sujet.

Pourtant, les taux de radioactivité relevés dans l’océan Pacifique soulèvent de nombreuses interrogations quant à un risque de contamination de l’environnement. Didier Champion, directeur de l’environnement à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) explique à l’AFP que cet océan agit comme un « réservoir » : les polluants devraient se diluer rapidement sous l’effet des courants et des marées. Pas de risque donc, pour le moment, d’une contamination générale du Pacifique.

Surveillance de la zone

« Mais le césium peut se fixer dans les sédiments, s’inquiète David Boilley, de l’Acro. Piégé, il ne va pas se disperser et contaminer la zone ». D’où la nécessité d’une zone de surveillance et d’exclusion à la fois sur terre et en mer. « Les poissons, les coquillages et les algues ont déjà été en grande partie détruits par le tsunami, mais il va falloir surveiller la zone », estime le physicien.

D’autant que certaines algues, consommées par la population japonaise, peuvent « concentrer l’iode jusqu’à 1.000 fois plus que la dose en mer », avertit David Boilley. « Les chiffres de contamination de l’océan sont donc inquiétants », estime-t-il.

Seul point positif : l’iode radioactive a une durée de vie très courte : sa radioactivité diminue de moitié tous les 8 jours, sa présence va donc rapidement s’estomper. « Mais il n’y a pas que l’iode, certains radionucléides vont rester très longtemps », détaille David Boilley. Le césium 137, par exemple, a une période de 30 ans, c’est-à-dire que sa radioactivité diminue de moitié tous les 30 ans, restant présent des centaines d’années dans l’environnement.

Adaptation des espèces

Si pour l’homme, on sait que l’iode se fixe sur la tyroïde et le césium sur les muscles, entrainant des pathologies cardiaques notamment – quand il s’agit de contamination légère, pour la faune et la flore, il n’y a que très peu de données. « On a vu à Tchernobyl que certains animaux, comme les souris, pouvaient très bien s’en sortir et s’adapter. Surtout qu’elles se reproduisent très vite », explique David Boilley.

Mais ce n’est pas le cas de toutes les espèces. Si les poissons, les crustacées et les algues, très prisés des Japonais, sont contaminés, c’est toute la chaine alimentaire qui devrait le ressentir. Si depuis une semaine les autorités surveillent déjà les aliments, l’archipel va devoir rester vigilant sur ses zones de pêche pendant de nombreuses années.

Oriane Raffin