Avant la catastrophe du 11 mars, Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, était considéré comme le producteur d’électricité le plus performant au Japon, offrant un meilleur service que ses neuf concurrents. Mais voilà que tout s’est emballé pour cette entreprise aujourd’hui décriée. Dissimulation, désinformation, manquements graves : Tepco est accusé de tous les maux et ce n’est pas un hasard.
Tout a commencé par un problème de communication, une habitude chez Tepco. Naoto Kan, le Premier ministre japonais, s’en est d’ailleurs énervé selon Le Monde : « Alors que les explosions étaient filmées par toutes les télévisions, il vous a fallu plus d’une heure pour en informer le gouvernement, a-t-il reproché aux dirigeants de l’entreprise. Il est vrai que le PDG de Tepco, Masataka Shimizu, avait attendu 29 heures après le début des problèmes. Une intervention vite critiquée. « S’ensuivront communiqués incompréhensibles, conférences de presse évasives, briefings sans aucune information », note le New York Times.
Le 16 mars, un haut responsable du Ministère de la défense a critiqué Tepco après que des soldats ont été blessés et peut-être exposés à des rayonnements, quand une explosion a soufflé une partie du bâtiment du réacteur n° 3. « Lorsqu’ils nous disent que c’est sûr, nous leur faisons tout simplement confiance », a-t-il regretté.
La vérité en chiffres
Grosse erreur ! Car à Tepco, on s’arrange avec les chiffres. Selon RFI, l’entreprise modifie ses modes de calculs pour minimiser la radioactivité dans la centrale, affirment des experts indépendants. Et le gouvernement qui n’a qu’une source d’information, est, au mieux floué, au pire alarmé, mais trop tard.
Que les liquidateurs se rassurent « Les taux de radioactivité ne sont plus 10 millions de fois plus élevés que les normes admises près des systèmes de refroidissement mais seulement 100 000 fois » : dimanche 27 mars, la compagnie a publié un communiqué annonçant un taux d’iode 134 exorbitant. Plus de neuf heures après, alors que les experts s’inquiétaient, la compagnie a publié un rectificatif : elle s’était trompée d’un facteur 100.
Incidents avant l’accident
Tepco n’en est pas à son premier souci de communication. L’entreprise est même connue pour des affaires de malversations et de corruption. Le Monde et Le Figaro révèlent que les rapports d’inspection de routine menées par le gouvernement (plus de 200 en vingt ans) ont été régulièrement maquillés pendant parfois 25 ans. «Ils avaient fait fort, note Roland Desbordes, président de la Criirad, contacté par Global mag. Dissimulation, trucage d’analyses, corruption…»
Mais le 29 août 2002, le subterfuge a été découvert. L’agence de sûreté nucléaire industrielle japonaise (Nuclear Industrial Safety Agency) révélait cette falsification de documents sans précédent. Elle avait pour objectif de couvrir au moins trois incidents dans les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa (à 200km au nord de Tokyo). Ce scandale a contraint Tepco à arrêter 7 de ses 17 réacteurs nucléaires pour inspection en octobre 2002 et à limoger la direction de l’époque.
En 2007, l’entreprise était une nouvelle fois épinglée, avec dix autres compagnies. La NISA avait révélé qu’entre 1978 et 2002, 97 incidents, dont 19 jugés « critiques », avaient été dissimulés aux autorités. Tepco était la plus critiquée.
Suite à ces erreurs à répétition, les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s ont annoncé vendredi 25 mars avoir abaissé la note de la dette à long terme de Tepco. Le fournisseur d’électricité est désormais « sous surveillance négative », ce qui signifie que sa note pourrait à nouveau baisser dans les mois à venir.
Christofer Jauneau






Ecolorama
RSS
Facebook
Twitter