
Qui n’a jamais rêvé de passer quelques jours dans la capitale du vitrail? Moi. Mais vitrail ou pas, j’ai quand même passé quelques jours à Chartres au mois de mars. L’objectif consistait à comprendre pourquoi la bio ne décollait pas assez vite en France. Et Chartres a semblé exemplaire pour y poser caméras et questions. Pourquoi? Parce que nous sommes en Eure-et-Loir et que ce département est le royaume de l’agriculture intensive. Là-bas, 0,9% des surfaces agricoles utiles sont converties en bio. Au niveau national, ces surfaces s’élèvent à 2,9% et dans la Drôme à 10% environ.
Pour Global Mag, nous avons « feuilletonné » notre sujet en cinq petits (très petits) épisodes d’environ 5 minutes. Le premier s’intéresse à un jeune couple qui se lance dans la bio: Aude et Alexandre Mornas, installés en maraîchage dans une région plutôt traditionnellement dédiée aux grandes cultures. Pour s’affranchir des obstacles de la distribution, ils ont monté une Association de maintien de l’agriculture paysanne (Amap) qui regroupe plus de 100 adhérents et d’autres producteurs (poulets, oeufs, pain, fromages, …). À la chambre d’agriculture, on moque gentiment ce type d’agriculture qui, selon son président Philippe Lirochon, ne rapporterait pas de quoi vivre.

Usine de dépollution
Le deuxième épisode est consacré à l’eau. Pour comprendre, il faut avoir en tête quelques faits spécifiques de l’Eure-et-Loir: 40000 habitants ne disposent pas d’une eau aux normes de potabilité au bout de leur robinet. En cause? Les nitrates dont le seuil est fixé à 50 mg par litre d’eau, mais aussi les pesticides, dont de vieilles molécules comme l’atrazine, interdites dans les champs depuis … 2003. Le département de l’Eure-et-Loir dépense beaucoup d’argent, environ 20 millions d’euros par an, en interconnexions: cela consiste à prélever l’eau saine d’un point A à un point B, vie des kilomètres de tuyaux. Autre option: l’usine à dépollution. Dreux, Chateaudun, …, nombreuses sont les agglomérations qui déboursent des millions d’euros pour dépolluer l’eau chargée de pesticides et de nitrates. Au bout de la facture, le consommateur. Mais une autre alternative se dessine: la conversion en bio des agriculteurs qui travaillent sur les bassins de captage. En stoppant l’ajout de nitrates et de pesticides, par définition, ces agriculteurs contribuent à la protection de la ressource en eau. La région peut les aider à hauteur de 325 euros par hectare durant leurs trois à cinq années de conversion.
Le troisième épisode concerne la formation des jeunes agriculteurs. Direction le lycée agricole de La Saussaye où j’ai passé un après-midi avec des jeunes (environ 15 ans). Là-bas, on les forme à des techniques culturales conventionnelles, mais aussi à l’usage de certains outils spécifiques aux bios. Le désherbage mécanique, par exemple, permet de retirer les adventices (mauvaises herbes) sans recours aux produits chimiques. Mais à l’issue de leur cours, les élèves m’ont scotchée: la bio, ils n’y croient guère. Trop dur de changer les habitudes.

Laure à la cantine
À part dans les champs, où pousser la bio? Dans les assiettes par exemple, c’est le coeur du quatrième épisode. Le Grenelle de l’environnement l’a imposé: dès 2012, il y aura 20% de bio dans les cantines. Ah, bon. Mais 20% de quoi au juste? De plats, de denrées alimentaires, du total de la facture? Impossible à dire. En attendant que ce flou soit clarifié, la région Centre a créé Self Bio Centre, une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) qui regroupe producteurs, parents d’élèves, transformateurs, … Le but: faire entrer le bio dans les cantines de la région. Mais quand un plateau-repas bio coût 2,99 euros contre 1,80 euro en moyenne, difficile de faire germer la bio au self.
Et les restaurants alors? À Chartres, en dépit de ma pugnacité, je n’ai pas trouvé de restaurant bio.

Laure au restaurant
En revanche, dans le restaurant étoilé de la ville, à l’hôtel Grand Monarque, Le chef Laurent Clément travaille avec un label spécialement créé par la chambre d’agriculture: le label Terres d’Eure et Loir. En choisissant ces plats labellisés, on est sûr de manger local.
Peut-on manger local et bio dans le coin? La réponse est oui, il suffit de se bouger un peu pour trouver les producteurs. Je me suis donc transformée en entremetteuse de bio, mettant en contact notre chef étoilé avec un éleveur de cochon. Le résultat est délicieux.
Cette semaine, je retourne à Chartres pendant la diffusion de nos cinq sujets -du lundi au vendredi, à 19h30 sur Arte. Toute la semaine, je vais recueillir les réactions, les témoignages des Chartrains sur nos sujets. Point d’orgue de la semaine: le marché, samedi 14 à 10h. J’y tiendrai un café bio, au fond de la place Billiard, sur la terrasse du Petit Bistrot. Le débat sera filmé, dès 10h. Et à midi, on boit l’apéro.
En attendant, n’hésitez pas à répondre au questionnaire pour savoir si votre région est bio.
Laure Noualhat