Lisa Poisson est étudiante. Franco-allemande, elle vit actuellement à Münster.
J’ai décidé de faire un test : vivre une journée végétarienne. Une idée qui me paraissait intéressante au vu de la situation alimentaire mondiale. A la base, c’est Greenpeace Münster qui propose le projet, afin de réhabituer ou d’habituer les citoyens à se passer de viande au moins une fois pas semaine. Pour l’organisation internationale, c’est proposer une adaptation de la population aux changements inévitables de nos habitudes gastronomiques et faire réfléchir les participants sur leurs pratiques.
Je suis partie au début tiraillée entre deux sentiments, d’un côté je me suis dis que j’allais devoir me transformer en une végétarienne sectaire pour suivre à la lettre les conditions d’un régime végétarien et je craignais une assiette peu alléchante. D’un autre côté, je savais que ca n’allait pas être aussi dur que ça puisque les restaurants et chaines allemands proposent une grande diversité de produits végétariens.
Mais l’Allemagne, dans l’imaginaire collectif, ce n’est pas ça. Et entourée des clichés qui ne manquent pas pour dépeindre l’Allemand de base, je pensais que la tentation allait être grande ! Sa « Bratwurst » et sa « bière » contribuent à une image du bon vivant qui aime la viande ! Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait faux, la charcuterie et la viande font partie intégrante de la culture allemande. La guerre a laissée avec elle des habitudes alimentaires, la viande est restée un symbole de produit de luxe dans la cuisine. Il est donc tout naturel pour les générations de l’après-guerre de cuisiner la viande et de la consommer sous tous ses aspects sans se soucier de son impact mondial. Il est d’autant plus difficile de réduire sa consommation qu’aujourd’hui la viande s’achète dans tous les supermarchés pour un prix très abordable, tout le monde peut en consommer une grande quantité, alors pourquoi s’en priver ?
Finalement, malgré mes inquiétudes, le changement de mes habitudes n’a pas été pas révolutionnaire. J’aurais pu m’arrêter aux légumes, mais j’ai eu envie de goûter aux repas typiquement végétariens. Je me suis acheté des produits à base de tofu, des protéines alternatives à la viande etc… je me suis également privée de poissons, d’une part à cause de l’effet de la pêche intensive sur les mers et le pillage des fonds marins et d’autre part parce que je n’ai jamais compris pourquoi le poisson n’était pas toujours considéré comme un « animal » par les végétariens.
Dans les faits, j’ai pu constater que l’Allemagne est en avance par rapport à ses voisins dans les produits biologiques et dans la variété des menus végétariens. Les restaurants illustrent très bien cette avance. Les cartes proposent aux clients beaucoup plus de menus végétariens qu’ailleurs. Dans quasiment chaque restaurant le client peut trouver une alternative végétarienne. « Manger végétarien » n’a plus la connotation d’ésotérisme écologique, mais simplement une recherche de goût et de saveurs différentes et nouvelles.
Je me suis rendue compte que l’on pouvait décliner infiniment légumes, féculents et fruits. Etre végétarienne n’entraîne pas une restriction totale alimentaire mais plutôt une offre très grande de plats les plus différents les uns des autres. Et puis j’ai pu constater que je ne devais pas chercher pour manger végétarien, puisque la cantine de l’université propose des menus complètement végétariens. J’ai pu ainsi gouter au burger végétarien, excellent ! Et comme j’étais bien partie, j’ai enchainé le soir avec un Kebab végétarien.
Résultat : cette expérience s’est terminée pour moi avec une vision complètement différente de mon hypothèse de début avec mes apriori sur le végétarisme. Au lieu de faire l’expérience une journée, je l’ai étendue sur toute une semaine puisque qu’au fond elle a représenté pour moi une découverte de goût, bien plus qu’un changement alimentaire. Mais de la à franchir complètement le pas… je sais déjà qu’il me sera impossible de résister à la « currywurst » (saucisse au curry) allemande de temps en temps !
Crédits photo : Xnxbox, Creative Common sur Flick’r.







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