Archive pour la catégorie ‘Eco-Respondants’

Quand un écologue se pose des questions sur l’économie

Jeudi 20 octobre 2011

Par Michel Lerond

La dérive sémantique relative au développement « durable » est telle qu’elle confine parfois à l’absurde. Ainsi lorsque l’on parle de croissance « durable », on ne sait plus s’il s’agit de rechercher un équilibre entre économie, social et environnement – auquel cas il faut admettre dans certains cas une croissance négative pour rétablir plus d’équité Nord/Sud - ou d’une croissance « qui dure », qui serait donc infinie, ce qui est impossible…

L’idée de remettre en cause la croissance n’est pas nouvelle, mais toujours perçue comme une incongruité. Trop longtemps, un projet n’a été décidé que par l’intérêt économique qu’on lui attribuait, sans obligatoirement le démontrer d’ailleurs. Aujourd’hui, l’argumentaire devrait être : j’ai un projet, je démontre ce qu’il apporte sur les plans économique, social et environnemental avant d’en conclure que c’est un bon projet.

La crise actuelle est largement assise sur des bases écologiques et il nous semble urgent de revenir aux fondamentaux, c’est à dire assurer en premier lieu la santé des écosystèmes et la santé des citoyens comme disent si joliment les Québécois. Il s’agit donc, avant tout, de faire en sorte que le développement puisse satisfaire aux besoins primaires : se nourrir, se loger et se déplacer. Nous nous sommes habitués à ce que ces besoins primaires soient satisfaits pour tous, hormis une part de gens très défavorisés, peut-être allons-nous devoir reconsidérer ces acquis, sous la pression notamment des modifications climatiques et de la rareté des énergies fossiles.

Retrouver la multifonctionnalité de l’agriculture

D’abord se nourrir. Cela peut paraître iconoclaste à une époque qui vit, pour le plus grand nombre, dans une certaine opulence. Mais qu’adviendra-t-il des variétés de cultures hyper sélectionnées, et donc peu adaptables, lors d’épisodes climatiques aléatoires ? Ainsi l’agriculture devrait retrouver sa multifonctionnalité d’origine : production alimentaire d’abord, mais aussi préservation des ressources naturelles et des paysages, prévention des risques naturels et de la qualité de l’eau. En conséquence, il nous paraît urgent de considérer l’eau comme un bien essentiel, et l’accès à l’eau potable comme un droit fondamental, ce qui ne peut être un enjeu de marché. De même, les sols devraient être considérés comme un patrimoine mondial à protéger. L’hyperconsommation étant une des causes des problèmes environnementaux, il nous faudra réduire la consommation de viande et veiller à relancer l’agriculture vivrière, en particulier au Sud.

Puis se loger. Là encore la question peut paraître étonnante, même si sévit en France une crise du logement récurrente. L’habitat, en tant que protection physique, va devoir être repensé à l’aune des évolutions climatiques à venir et du manque d’énergie. Il faut améliorer les performances thermiques des bâtiments et avoir recours de plus en plus aux énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie) à l’échelle individuelle. Il va nous falloir imaginer une architecture nouvelle qui tienne compte, à la fois, des évolutions / énergie et de l’habitat traditionnel, en somme imaginer une synthèse entre l’architecture traditionnelle et la contemporaine.

Réduire les distances

Un objectif majeur de réduction des distances, pour limiter les transports et donc la consommation d’énergie est de rapprocher domicile et travail et de favoriser les circuits courts de distribution des marchandises. Il nous faut revenir à un commerce de proximité en imposant un prix départ usine identique pour tous. Le travail à distance (Internet) et la création d’emplois indépendants (artisans, commerçants, services à la personne, etc.) pourront constituer des solutions pour une partie de la population. Il nous faut donc construire une nouvelle économie de l’énergie, décarbonnée.

Revenir à ces fondamentaux constitue un immense challenge, certes, mais aussi une nécessité. N’y a-t-il pas là l’occasion de redonner à nos concitoyens, aux jeunes notamment, une possibilité de projection dans le futur qui leur fait tant défaut. Ce n’est pas la fin du monde, mais certainement la fin d’un monde, celui d’une certaine opulence, avec une consommation qui semblait ne plus avoir de limites. Maintenant commence un monde nouveau dans lequel nous devrons être plus économes, plus respectueux de la nature. Il nous faut passer de l’économie de « l’avoir plus » à celle de « l’être mieux ».

Michel Lerond, écologue essayiste

Pour lire d’autres chroniques de Michel Lerond, consultez son blog ou jetez un oeil à son livre, Qu’est-ce qu’on attend, publié chez L’Harmattan en avril 2010 (14,50 euros).

Revue de Web d’octobre 2011 : Les blogs verts et la pomme

Lundi 10 octobre 2011

Par Anne-Sophie Novel

Steve Jobs nous a quitté le 5 octobre dernier. On ne compte plus les hommages rendus au fondateur de la marque à la pomme, la toile les dénombre par centaine de milliers. Mais que disent les blogs verts ?

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Tous sont unanimes et dressent le même constat que la majorité des médias : Steve Jobs a révolutionné notre rapport à l’informatique et au numérique, sa façon de faire et sa vision ont rendu ces technologie plus accessibles. Il a tout simplement transformé nos vies.

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Mais sur le web vert, d’autres témoignages et hommages se sont exprimés. Il y a ceux qui rappellent comment Apple a progressé en matière de préservation de l’environnement : depuis 2007, nous dit Inhabitat, la marque a réduit la quantité de matériaux utilisés pour rendre ses produits plus compacts. Elle a également supprimé les produits toxiques qu’ils contenaient, amélioré le design, réduit les emballages, labellisé Energy Star certains de ses produits… Autant d’étapes que le blog anglais se plaît à rappeler, tout comme le site Mother Nature Network, soulignant toutefois que la marque ne doit pas pour autant se reposer sur ces acquis : « Apple a encore du chemin à parcourir avant d’être en tête des compagnies informatiques les plus vertes, ce à quoi nous l’inciterons ». PETA, la célèbre ONG luttant contre l’exploitation des animaux, a aussi rendu hommage à son engagement en faveur des animaux.

Sur Treehugger, on aime à rappeler cette citation du célèbre PDG : un ordinateur, c’est comme un vélo pour l’esprit («  It’s the equivalent of a bicycle for our minds »), cela nous aide à aller plus vite, et à accélérer nos capacités naturelles.

Ann Friedman, sur Good, explique en quoi Steve l’a incité à penser différemment : alors qu’elle prenait la tête de la rédaction de Good, un de ses meilleurs amis lui aurait recommandé de faire comme le PDG d’Apple, de prendre chaque semaine un peu de temps pour stimuler sa créativité. Ann a adopté cette pratique : tous les vendredi matin, elle prend quelques heures qu’elle « Steve Jobs it ». Force est de constater que ça marche : son train de vie est plus sain dit-elle et cela l’aide dans son travail au quotidien.

Steven est aussi un modèle pour beaucoup : ses recommandations en termes de mode de vie en inspirent plus d’un. Sur Greenbiz, on reprend sa célèbre citation « stay hungry stay foolish » prononcée en 2005 dans un discours sur le campus de Stanford pour insister sur le besoin de l’appliquer à des innovations durables, en mesure d’améliorer notre quotidien dans un avenir plus soutenable…

Rester fou, oui, penser différemment également, comme nous y incite le motto de la marque.

Une ligne de conduite qui tombe à pic au moment où le mouvement des indignés s’implante à Wall Street : le blog Osocio a repéré cette vidéo (voir ci-dessous) qui a le mérite de donner de la matière à réflexion : comme le souligne le blog, « Steve Jobs appartenait certainement au 1% les plus riches des Etats-Unis, mais l’idée évoquée là correspond parfaitement à celles évoquées par le mouvement des 99% qui occupe Wall Street actuellement ». Si Apple a encore beaucoup à faire pour améliorer ses pratiques dans les usines chinoises, cela n’enlève rien au génie des produits qu’ils proposent, indique aussi l’auteur du post.

Le génie… Steve Jobs était prévoyant, et à en croire Good, il aurait réfléchi à la création d’une Université Apple afin d’enseigner l’esprit et la philosophie propre à… Steve Jobs ! Histoire d’être certain que le mode de pensée soit préservé après sa disparition, il aurait demandé en 2008 à Joel Podolny, de la Yale Business School, d’aider la marque à internaliser ce « savoir-penser »… afin que les employés d’Apple sachent réfléchir et prendre des décisions comme s’ils étaient le fondateur d’Apple. Une affaire de grosse pomme à suivre, donc…

Une femme pour redonner un peu de vert au Liban

Jeudi 6 octobre 2011

Par Perrine Mouterde

Un Parti vert au pays des voitures et du béton ? Et à sa tête, la première femme présidente d’un parti politique libanais ? Deux bonnes raisons d’aller rencontrer le jeune parti écolo, un véritable ovni sur la scène politique du pays du Cèdre…

logoAu Liban, même les couleurs sont politiques. Le bleu des sunnites fidèles à Saad Hariri, le orange des chrétiens loyaux à Michel Aoun, le jaune du parti chiite Hezbollah, le vert des chiites du parti Amal… Sauf que voilà, un petit nouveau tente de bouleverser ces règles du jeu. Le Parti vert du Liban voudrait récupérer sa couleur. Son slogan ? « Le vert est la ligne rouge »…

Un parti écolo au pays des 4X4 et des routes bordées de milliers de panneaux publicitaires ? Le concept même me laisse sceptique. Il y a quelques semaines, j’apprends que le parti a procédé à des élections pour renouveler son bureau. C’est Nada Zaarour, jusque là vice-présidente, qui remporte le scrutin, face à un homme : elle devient la première femme à la tête d’un parti politique libanais. Je n’hésite plus, il faut y aller.

« Les immeubles poussent à la place des forêts »

Nada

Nada Zaarour se destinait à la musique... Elle a été rattrapée par la politique.

Entre deux rendez-vous, Nada Zaarour me raconte son parcours, intimement lié à celui des Verts libanais. Le déclic est venu il y a une quinzaine d’années. « J’adore la nature ! Ce n’est pas difficile pour une femme d’aimer l’environnement, la Mère nature… » Je tique : il serait plus naturel pour les femmes que pour les hommes de s’intéresser à l’environnement ? « C’est sans doute avant tout une question de caractère, reprend Nada Zaarour. En tout cas, tous les désastres écologiques qui ont cours au Liban me rendent très triste. Les ordures, les immeubles qui poussent à la place des forêts… J’ai décidé de m’impliquer sérieusement. »

Avec des amis, elle crée deux associations pour lutter contre la déforestation et promouvoir la randonnée. Mais cette petite bande de militants réalise que pour peser sur l’avenir du pays, c’est la sphère politique qu’il faut intégrer. Entre 2000 et 2008, ils travaillent, rencontrent des Verts européens…  Jusqu’à la constitution du premier bureau, il y a 3 ans.

« Nous devrons faire face à beaucoup d’obstacles »

Mais justement, qu’ont-ils fait en 3 ans ? Nada Zaarour est consciente de l’ampleur de la tâche, alors que le parti compte à peine plus de 1 000 adhérents. « Nous savons qu’il nous faudra encore beaucoup de temps pour atteindre nos objectifs et que nous devrons faire face à beaucoup d’obstacles, mais nous ne sommes pas pressés. Nous ne dévierons pas de notre chemin. »

En attendant, les Verts libanais affichent déjà des avancées. « Nous avons déposé une loi, étudiée au Parlement, pour que soit mis en place un organe judiciaire chargé de faire respecter les lois sur l’environnement. Il faut que ces dossiers arrivent sur la table d’un juge ! Et nous demandons aussi l’instauration d’une ‘brigade verte’ pour assister ce juge. »

Voilà à quoi pourrait ressembler les abords de la rivière de Beyrouth si les Verts prenaient le pouvoir !

Voilà à quoi pourrait ressembler les abords de la rivière de Beyrouth si les Verts prenaient le pouvoir !

Je n’avais jamais entendu parler de ce type de « juridiction environnementale » ni de « brigades vertes »… La lutte contre les carrières illégales, un plan de reboisement sur 15 ans, les violations de l’espace public sur le littoral… Je n’en doute pas, les dossiers ne manquent pas. D’autant qu’à l’instar des partis écolos européens, les Verts libanais ont également un programme social et économique : laïcité, économie verte, justice sociale…

« Les femmes ont le droit d’accéder à tous les postes à responsabilités ! »

Les écolos libanais rencontrent tous les autres responsables politiques (ici Michel Aoun). En théorie, tout le monde est d'accord pour préserver l'environnement. En pratique, rien ou presque n'est fait pour changer les choses.

Les écolos libanais rencontrent tous les autres responsables politiques (ici Michel Aoun). En théorie, tout le monde est d'accord pour préserver l'environnement. En pratique, rien ou presque n'est fait pour changer les choses.

Si Nada Zaarour se présente d’abord comme une mère, grand-mère et épouse épanouie, elle n’en est pas moins fière, et à juste titre il me semble, d’être devenue la première femme présidente d’un parti politique au Liban. Je l’imagine un instant, fraîche et classe, au milieu de la ribambelle de responsables libanais qui squattent la scène politique depuis des années… « Je méritais ce poste et j’ai travaillé dur pour en arriver là, assure Nada Zaarour. Les femmes ont le droit d’accéder à tous les postes à responsabilités ! »

Et Nada Zaarour n’entend pas s’arrêter là. Prochain objectif, les législatives de 2013. « Si nous obtenons 4 sièges au Parlement, nous aurons un siège au gouvernement. Ce serait déjà très important ! Nous allons faire campagne auprès des 50 % de Libanais qui ne votent pas habituellement, parce qu’ils ne croient plus en la politique… Nous voulons leur redonner un peu d’espoir. »

« RER mon amour », ou les pérégrinations d’une usagère aux aguets

Lundi 3 octobre 2011

Les transports en commun, c’est vert, c’est écolo, on le sait. Mais beaucoup de Franciliens se plongent quotidiennement dans le RER avec horreur. Pourtant, dans son livre « RER mon amour », Anne-Louise Sautreuil nous propose un autre regard sur ce mode de transport. Notre Eco’Respondante Claire Friedel a lu ce livre pour nous.

Quand je dois prendre le RER, moi la Parisienne, c’est contrainte et forcée, pour aller voir amis ou famille exilés de l’autre côté du périphérique. Alors passer un an dans ces wagons bondés et odorants, volontairement ? Quelle drôle d’idée !

Celle d’Anne-Louise Sautreuil, une jeune journaliste armée d’un manteau vieillissant, d’un bloc-notes et d’une bonne volonté à toute épreuve, qui a passé quatre saisons sur les cinq lignes du réseau francilien. Aucun message anti-voiture dans le livre qu’elle a tiré de son expérience, « RER mon amour, un an sur les rails » (publié chez Fayard). Mais une évidence : dans les transports en commun, on se rencontre, on partage, on s’évade, on vit.

Rencontres avec des silhouettes familières

IMG_8234 netEntre les tricoteuses, qui se retrouvent dans le même wagon pour échanger autour du point mousse, les fêtards, qui boivent, blaguent et fument entre Paris et Melun à date fixe, et les apprentis rabbins qui se déplacent en masse, Anne-Louise relate des rencontres étonnantes. Les anecdotes qu’elle en tire sont amusantes, mais le plus intéressant est peut-être lorsqu’elle s’approche des silhouettes familières.

Je me suis toujours demandé à quoi ressemblait la vie des musiciens qui passent de rame en rame. Si j’ai parfois donné une pièce, je n’ai jamais adressé la parole à un accordéoniste roumain. Anne-Louise, elle, s’est plongée dans le quotidien de Kaliu. Elle l’a suivi, il lui a raconté son histoire, de son village au quai n°43 de la gare du Nord.

« Pourquoi toutes les fêtes se terminent violemment ? »

Aucun angélisme dans ce récit. La violence n’est pas tue. « Repensant à mon début d’année gare du Nord et au garçon à la dent cassée de Saint-Lazare, je me demande pourquoi toutes les fêtes se terminent violemment dans les gares du RER », écrit Anne-Louise.

Pourtant la peur se révèle souvent infondée. Comme lors de cette soirée à Villiers-le-Bel, commune tristement célèbre pour ses émeutes. Transie d’effroi, Anne-Louise, escortée de deux amies, se demande à quoi ça rime, d’être là. Dans la gare déserte, elle se fait une petite place autour d’une tour chauffante rougeoyante. Une jeune fille, de retour d’un studio d’enregistrement, se met à chanter. Tous l’écoutent. S’installent ensemble dans le train qui arrive. Papotent, rigolent. Puis poursuivent leur propre route, après ce bon moment.

Anne-Louise Sautreuil dresse un portrait humain du RER, juste et touchant. J’aimerais moi aussi écouter Laurent le Béninois, musicien des quais devenu star. Ou rire avec les autres voyageurs de ce jeune homme profondément endormi, dont émane un ronflement à faire trembler les murs. Mais ma mémoire olfactive ayant gardé incrusté l’écoeurant mélange de produits d’entretien, d’odeurs corporelles et de viennoiseries sorties du four typique des gares parisiennes de RER, je suis bien contente qu’Anne-Louise se soit dévouée !

Claire Friedel

« RER mon amour, un an sur les rails » d’Anne-Louise Sautreuil, éd. Fayard, 16 euros.
Photo : Jean-Marc Gourdon/Fayard

La marche de Mo : une star arrive

Vendredi 30 septembre 2011

Par Frédéric Laurent

Global mag vous propose de suivre les aventures de Mo, un manchot écolo qui a du mal à sensibiliser ses congénères sur les questions environnementales. Il décide alors de quitter la banquise pour plaider sa cause. Après avoir pris l’avion, le voilà sur le sol français.

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Retrouvez toutes les aventures de Mo le manchot ici