Archive pour la catégorie ‘La culture version Global’

La Terre est assez grande pour tout le monde !

Mardi 8 juin 2010

Frédérique ChartrandDes campagnes de stérilisation forcée au Pérou au nom de la lutte contre la pauvreté, tel est le thème du documentaire Le ventre des femmes, de Mathilde Damoisel, produit par Temps Noir et diffusé le 4 juin sur Arte. Nous avons demandé sa réaction à notre Eco’respondante Frédérique Chartrand, auteure du blog Maman écolo. Résultat : un joli coup de colère.

« En cinq ans, au Pérou, plus de 300 000 femmes et près de 30 000 hommes ont été stérilisés de force par le gouvernement d’Alberto Fujimori, soutenu par les instances internationales. Au nom de la lutte contre la pauvreté, les Indiennes quechua en ont été les premières victimes. ‘Ils ne m’ont rien demandé… Ils m’ont emmenée comme un animal dans la salle d’opération’, témoigne Yoni. Comme des milliers d’autres femmes, ses trompes ont été ligaturées de manière irréversible dans des conditions dangereuses. Nombreuses sont celles qui sont mortes des suites de leur stérilisation ou qui lui doivent, aujourd’hui encore, de lourdes séquelles. »

Femme enfant

En cinq ans, plus de 300 000 femmes ont été stérilisées au Pérou, beaucoup contre leur volonté. © Temps Noir

Le documentaire «Le Ventre des Femmes» montre bien que la pauvreté et la dégradation de l’environnement sont souvent citées pour justifier des politiques de contrôle de la fécondité des femmes. Mais c’est là prendre le problème par un mauvais angle. La Terre est assez grande pour tout le monde, que nous soyons 6 ou 12 milliards d’êtres humains.

La vraie source du problème se trouve dans notre mode de consommation, dans la façon de nous nourrir et dans le partage des ressources et de la richesse. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la FAO*, l’Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, dans un rapport de 2007: « Une conversion planétaire à l’agriculture biologique, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d’engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l’ordre de 2640 à 4380 kilocalories par personne et par jour. » Or le besoin énergétique moyen est de 2000 kilocalories pour une femme et de 2500 kilocalories pour un homme.

L’agriculture biologique peut donc nourrir la planète, que les femmes aient 1 ou 6 enfants. Une option que semble avoir mis de côté le Président péruvien Alberto Fujimori, malgré sa formation d’ingénieur agronome. Il a préféré mutiler le corps des citoyennes de son pays.

Felipa Pérou

Felipa - Les Indiennes Quechua, analphabètes pour la plupart, ont été les principales cibles de la campagne de stérilisation. © Temps Noir

Parallèlement, quand on sait que 30% des terres arables dans le monde sont cultivées pour nourrir le bétail, lequel finira sous forme de hamburgers ou d’entrecôtes sauce poivre dans les assiettes des occidentaux, on ne peut qu’être perplexe.

Selon le WWF, un Français a besoin de 4,9 hectares pour vivre, un Américain 9,2 hectares alors qu’un Péruvien se contente en moyenne de moins de 1,8 hectares. Le problème c’est nous, nos gouvernements et non les paysans perdus au fin fond des plateaux andins.

Aurelia Pérou

Aurélia - Les femmes stérilisées sont victimes de discrimination voire d'ostracisme de la part de leur communauté. © Temps Noir

Mais c’est bien connu – et «Le Ventre des Femmes» en est l’illustre exemple – l’hypocrisie et la politique font bon ménage. D’un côté les gouvernements occidentaux – via la Banque mondiale ou le Fonds pour la population des Nations Unies – prônent un contrôle de la croissance démographique dans les pays en voie de développement, et de l’autre, ces mêmes gouvernements ne remettent aucunement en question leur obsession de la croissance effrénée, énergivore à l’extrême et non durable.

Autrement dit, nous demandons aux populations pauvres de cesser de faire des enfants pour nous permettre de continuer à mener une vie faste.

Fujimori

Alberto Fujimori, ancien président du Pérou à l'origine de la campagne de stérilisation. Source : unanauperou.blogspot.com

Invoquer la sécurité alimentaire ou la paupérisation comme l’a fait le président Fujimori pour stériliser les femmes Quechua, relève de la bêtise et de la barbarie. Les vraies raisons sont ailleurs. Elles sont politiques. Fujimori avait la trouille. La trouille que les populations andines se soulèvent suite à des années de maltraitance et de discrimination. La trouille de perdre le pouvoir.

De tout temps, le pouvoir d’enfanter des femmes a dérangé les hommes et leur ventre en fut le bouc émissaire, l’ennemi à abattre. Il est plus simple d’accuser le ventre des femmes d’être responsable de nos malheurs que de changer les bases de nos systèmes socio-économique et ainsi permettre à tous de vivre dans la dignité.

Frédérique Chartrand

NB : le documentaire est à (re)voir sur Arte+7 jusqu’au 11 juin.

« Solutions locales pour un désordre global » : la claque

Vendredi 9 avril 2010

C’est LE documentaire vert du moment, celui dont tous les écolos parlent : « Solutions locales pour un désordre global« . Ou comment les citoyens peuvent sauver la planète de la folie des méchants agro-capitalistes. La réalisatrice Coline Serreau nous parle gros sous, agriculture moderne et empoisonnement généralisé. Anne Saurat-Dubois, notre nouvelle Eco’respondante, a coiffé le masque à gaz.

Solutions localesLa claque est tellement monumentale qu’on pense d’abord à un canular. La terre est en train de mourir, les Etats ont écoulé dans nos sols tous les stocks de poison qu’il leur restaient des deux guerres mondiales, toutes les plantes, et les animaux sont malades, le poison est partout, partout, et « tout cela se finira à la mitraillette ». Au départ, c’est un peu trop gros pour être crédible. D’autant que les images n’aident pas : la qualité est mauvaise, les plans serrés désastreux, et les mouvements de caméra catastrophiques. Peut-être est-ce voulu ?

Mais au final on s’habitue et on écoute le message. Des experts autonomes, créateurs de coopératives, paysans « self-made » nous expliquent où nous en sommes arrivés, pourquoi… et comment s’en sortir.

Où nous en sommes arrivés ? L’agriculture ne serait plus, aujourd’hui, qu’un énorme business, qui aurait perdu la tête. En effet, modifier du blé qui résistait aux insectes, pour le fragiliser et pouvoir vendre ensuite les insecticides qui vont avec, cela ressemble fort à du délire. On commence à s’inquiéter : Coline Serreau enfonce le clou, et nous bombarde d’horreurs. Des cochons mutilés aux enfants sans bras et sans jambes, en passant par les moutons qui meurent dans d’atroces souffrances après avoir brouté de la terre brûlée aux pesticides, on en arrive progressivement à une conclusion effrayante. En voulant contrôler la terre pour produire toujours plus, l’homme s’en sort finalement moins bien que la terre elle-même. Le responsable: le machisme humain. Tout contrôler, jusqu’à tout brûler, voilà ce qui a motivé ce désastre.

Blé

Des épis de blés abimés - Image extraite du film

La conclusion? Il nous reste, au maximum, 50 ans à tenir à ce rythme. Au-délà, la terre sera brûlée, et ce sera fini. Coline Serreau nous gratifie d’une fort jolie chanson en milieu de film, dont le refrain est totalement hors de propos. « Sleep tight, don’t worry » ( »Dors bien, ne t’en fais pas »). Tu parles.

Heureusement, la réalisatrice et ses acolytes nous donnent quelques solutions pour sortir la tête de l’eau: le retour à la sagesse ancienne. Les jachères, les engrais naturels, le contrôle des semences par les paysans… Eh oui, vous ne le saviez pas, mais si vous cultivez une semence qui n’est pas autorisée par l’Etat… c’est l’amende assurée. Autres solutions : le retour au local, le bio. Le boycott. Et enfin, surprise, le retour de la femme. La seule à avoir tenu les rênes de l’agriculture, jusqu’à ce que l’homme la vire et fasse n’importe quoi. Même les hommes du film le disent. C’est dire.

Rizière

Une rizière indienne fertilisée au compost - Image extraite du film

Les adeptes de la théorie du complot vont adorer. Les industriels agro-alimentaires vont détester. Que les arguments avancés soient véridiques ou non, il faut bien reconnaître qu’il est rare d’entendre, sur l’industrie agroalimentaire, autre chose que la lénifiante litanie des pubs télé qu’elle réalise elle-même.

Il faut, pour se faire un avis, avoir le pour et le contre. Ici, c’est le contre, et cela permet, sinon de se faire une opinion, du moins de réfléchir.

Anne Saurat-Dubois

Consommateurs, sauvez vos paysans !

Jeudi 18 février 2010
Le temps des grâces

Le temps des grâces © Capricci Films

Mercredi dernier sortait en (quelques rares) salles Le temps des grâces, un documentaire de Dominique Marchais sur l’état de l’agriculture française. Le titre sonnant un brin nostalgique, faut-il s’attendre à un film ennuyeux ? Point du tout, répond notre Eco’respondant, documentariste et directeur photo d’une émission de caméra.

Au début, j’avais peur de tomber sur un de ces films où on nous dit que « c’était quand même mieux avant, nos grands parents, ils avaient tout compris ». Vous savez, ces films passéistes qui font retomber le débat sur l’agriculture entre les partisans du progrès et les nostalgiques d’un rapport perdu à la nature.

Eh bien non : Le temps des grâces est un film inspirant ! On y rencontre des agriculteurs, bios et conventionnels, des agronomes, des jeunes, des vieux, des microbiologistes, des technocrates… Tous ces gens qui composent le monde agricole d’aujourd’hui. Ils nous racontent l’incroyable modernisation qu’a connue l’agriculture, ce bouleversement qui a tout changé en l’espace d’une vie d’homme. C’est à dire, somme toute, en bien peu de temps.

Pylones

Le temps des grâces © Capricci Films

Imaginez une belette qui arrive dans la Beauce. Elle regarde des champs à perte de vue et se demande où sont passés les bois et les haies qui composaient le bocage. L’homme les a tous arrachés pour pouvoir récolter, plus, plus vite, moins cher ! Alors la belette rebrousse chemin, en se disant que ce monde n’est plus le sien. Elle s’en va avec ses copines les mésanges, ses potes les vers de terre, et tout ce beau monde qui travaillait gratuitement pour protéger et entretenir nos champs. Les animaux nous laissent, là, seuls, avec nos produits chimiques. Et le sol se meurt. C’est ça qu’on comprend dans Le temps des grâces.

Ce que j’ai adoré dans ce film, et je pèse mes mots, c’est qu’il véhicule une vision de l’agriculture, noble, belle, responsable : les agriculteurs ne sont pas producteurs de matières premières, ils sont avant tout gestionnaires d’écosystèmes ! Leur job c’est d’aider la nature à être en bonne santé pour nous permettre de (bien) manger.

En sortant de la salle, donc, j’étais inspiré. J’avais envie d’être un partenaire pour ces agriculteurs. D’avoir mon mot à dire sur l’organisation de la production française. De refuser que ce qui pousse dans nos champs soit dicté par des logiques purement économiques, au mépris de l’écologie. On ne cultive plus seulement des céréales pour nourrir la population locale mais pour les exporter et se faire… du blé. Comme si on pouvait marchander les produits de Dame Nature comme on vend une voiture ou un robot mixer !

Agriculteur bio

Un agriculteur bio dans Le temps des Grâces © Capricci Films

Les agriculteurs ont besoin de nous. Ils ont besoin que nous devenions des consom’acteurs. C’est quand même pour nous qu’ils se donnent tout ce mal, non ? Alors, qu’est-ce qu’on attend ? Le Temps des Grâces nous montre que les idées sont là, prêtes à éclore. Nos campagnes sont remplies de personnes qui ont envie de nourrir les gens avec des produits bons pour leur santé, tout en préservant les écosystèmes (et donc en assurant l’avenir de nos enfants).

Alors consommateurs, sauvez vos paysans ! Si nous mettons notre poids dans la balance, ce fameux « temps des grâces » de l’agriculture pourrait bien être pour demain. Ce sont les belettes qui vont être contentes !

Aurélien Francisco Barros

« La Centrale », rencontre avec les kamikazes du nucléaire

Vendredi 12 février 2010

Salomé Kiner, notre Eco-respondante blogueuse-voyageuse, est également une dévoreuse de livres. Elle s’est plongée récemment dans La Centrale, d’Elisabeth Filhol. Ce livre emmène le lecteur à la rencontre des intérimaires qui veillent sur la santé de nos centrales nucléaires…

Cheminée de centraleC’est une soirée d’hiver ; il a neigé tout le jour et les appartements sont froids. La batterie de mon ordinateur fait des caprices, je me branche près du radiateur et je déguste mon plaisir : je viens d’apprendre qu’il y a des héros derrière les radiateurs, des héros derrière les heures passées sur Facebook et devant la TNT.

Qu’on usait la planète au nom des halogènes, ça, je savais. Qu’on sacrifiait des hommes pour faire briller les villes, je me rendais moins compte. Paru en janvier aux éditions P.O.L., La Centrale, premier roman d’Elisabeth Filhol, donne une bonne gifle aux acquis du confort moderne. Roman industriel version visages humains, il emmène son lecteur au cœur des centres nucléaires de production d’électricité, dans des régions de France qu’on connaissait pour leurs grands crus et qu’on découvre pour leur radioactivité.

Au cœur de ce brûlot poético-politique, il y a Yann. Yann et moi, nous aurions pu grandir ensemble, dans la morosité des provinces françaises où rien ne vient flatter l’ambition. D’ailleurs, nous sommes certainement nés la même année, celle-là même où Tchernobyl explosait. Mais les consciences sont plus lentes à bouger que les nuages, et Yann n’a pas cillé quand l’hôtesse de l’agence d’intérim lui a proposé un poste de travailleur DATR. Entendez « directement affectés aux traitements sous rayonnements », mais comprenez « maintenance des réacteurs », « rechargement en combustibles » et « nettoyage des piscines d’eau borée».

La CentraleKamikazes par nécessité – ou plus rarement pour le goût du risque – ils se déplacent de site en site, au gré des « arrêts de tranche ». Ils interviennent quand les réacteurs s’arrêtent pour effectuer les travaux de maintenance et de nettoyage. Du sale boulot, en somme, et dangereux. Pas besoin d’être qualifié, d’ailleurs : tout ce qu’on vous demande, c’est d’avoir à vendre vos vingt millisieverts, le quota d’irradiation autorisé par année… Dans le milieu, on appelle ça les décontamineurs ; si les centrales sont sauves, eux le sont beaucoup moins : contrats instables, horaires anarchistes, conditions de travail minables, risques de contamination ; Elisabeth Filhol plonge une plume glaçante, précise et documentée dans le quotidien de ces vies sacrifiées.

J’ai tremblé pour Yann : des caravanes de travailleurs itinérants aux cabinets des visites médicales, des aires d’autoroute aux estaminets de zones industrielles, j’ai souffert avec lui la peur des radiations, la violence des rapports humains en milieu précaire, les amitiés tissées sur la galère, la misère affective, les ultraviolets, les affectations, les suicides, les infrarouges, les surexpositions, les réacteurs, les atomes ; à la faveur d’un récit ultra réaliste, son univers devenait mon effroi.

La Centrale
se lit comme un thriller, les filets de la fiction en moins. Germinal des temps modernes, il ne juge pas : il exp(l)ose. Agitateur de conscience, il rappelle que la littérature est une arme, et que nos vies sont des combats.

Pour en savoir plus sur La centrale et son auteure, Elisabeth Filhol, rendez-vous sur le site de l’éditeur.

Pour découvrir le quotidien de ces précaires du nucléaire, jetez un oeil à la bande-annonce du film R.A.S. Nucléaire, de Alain de Halleux.

Dans « Océans », les abysses manquent de fond

Mardi 26 janvier 2010

OcéansCe mercredi sort « Océans », la fresque des mers de Jacques Perrin. Le réalisateur nous a déjà emmenés à la découverte du monde des insectes, avec « Microcosmos »,  puis emportés dans les airs avec « Le peuple migrateur ». Que vaut donc cette découverte des océans ? Aurélien Francisco Barros, qui rejoint la communauté de nos Eco’respondants, est lui-même réalisateur de documentaires et environnementaliste. Il s’est incrusté à l’avant-première.

Quand je suis entré dans la salle de projection, à deux pas du grand aquarium de La Rochelle, j’étais comme un petit garçon. « Océans », ça fait longtemps qu’on en parle, qu’on nous offre des images sur internet pour faire monter la sauce. On nous avait promis le monde des mers comme nous ne l’avions jamais vu.

Là dessus, pas de souci, je n’ai pas été déçu. J’ai regardé avec bonheur les majestueuses baleines évoluer dans une pénombre bleutée, filmées sans lumière artificielle, ou alors si discrète qu’on ne la voit pas. Vous pouvez en être sûrs, aucun mérou n’a été réveillé par une lampe torche pendant le tournage d’Océans*. Les bateaux et les humains sont filmés comme d’autres animaux, qui subissent et vivent la puissance des océans. La photographie est sublime, le commentaire rare, pour laisser place à l’émerveillement et souvent à l’humour. Et la magie opère. Nous redevenons ces petits enfants qui rêvaient de mettre un bonnet rouge et d’embarquer sur la Calypso du Commandant Cousteau.
Mais c’est sans compter la partie « à message », où Jacques Perrin parle à un enfant, comme l’aviateur au Petit Prince. Il lui explique tous les maux que l’homme fait subir aux baleines, aux tortues et aux dauphins. Les scènes de pêche et de mutilation de requin sont aussi horribles que le reste du film est beau. Telles des veines néfastes, les cours d’eau déversent le poison des hommes sur les poissons. C’est bien d’en parler, c’est sûr. La surpêche aveugle et la pollution chimique de nos villes sont des fléaux bien connus pour les océans. Mais ils sont loin d’être les seuls.

© Pathé Distribution

© Pathé Distribution

J’aurais tant aimé que la voix grave et posée de Jacques Perrin nous parle du continent de plastique dans le Pacifique Nord ou de la pollution sonore qui a envahi le « monde du silence » ! Je rêvais qu’il nous rappelle que les océans respirent, et que c’est dans cette respiration que 70% de notre oxygène est produit. Mais non, au lieu de cela, il se contente d’esthétiser ce qui est déjà connu.

C’est au moment où Jacques Perrin a parlé de la biodiversité que je me suis  fâché tout rouge : il nous exhorte à la préserver mais sans jamais nous dire pourquoi ! On se doute que ce n’est pas seulement parce que les baleines sont jolies, les dauphins vachement sympa et les manchots super rigolos. On sent qu’il y a des enjeux plus importants, que c’est aussi l’avenir des hommes qui est en jeu dans celui des espèces. Mais rien, pas un mot. Comme si, en cette année mondiale de la biodiversité, nous n’étions pas assez grands pour comprendre.

Avec ses images fabuleuses, Jacques Perrin crée un état de grâce. C’est dans ces moments où nous sommes sous le charme, où chaque mot prend du poids, que nous pouvons être sensibilisés en profondeur. Mais non, notre soif de comprendre n’est pas assouvie. C’est dommage.

© Pathé Distribution

© Pathé Distribution

Ne renoncez pas pour autant à aller voir le film. Si j’essaie de mettre un peu d’eau de mer dans mon vin, je suis heureux du moment passé sous la mer avec Jacques Perrin et son équipe. Ils nous font oublier le monde des humains, à tel point que lorsqu’un homme-grenouille apparaît, au bout d’une heure et demie, il a l’air sacrément laid et ridicule devant toutes ces bestioles majestueuses.
Comme disait le Commandant Cousteau, « les gens protègent ce qu’ils aiment ». « Océans » ravive l’amour que nous avons pour ce monde mystérieux et c’est déjà ça.

Aurélien Francisco Barros**

*Référence à un célèbre sketch de Patrick Timsit où il parle du Commandant Cousteau qui va faire « chier » les mérous avec une lampe torche.
**Réalisateur de « Base Zéro – des pauvres et des pierres », coup de coeur du festival du film d’environnement de Noirmoutier en 2008 et de « Geraldo Espindola – um Matogrossense na França », Rede Globo, 2006.