Un être humain inspire environ 23 000 fois par jour. Au total, ce sont 15m3 d’air qui circulent dans nos poumons ! Mais on inspire quoi, au juste ? Notre nouvel Eco’respondant, Michel Lerond, a travaillé dans le domaine de l’environnement pendant 35 ans – et étudié notamment la qualité de l’air. Il tire le portrait de ce qui se balade dans nos poumons.
Dans les années 1970, la pollution de l’air à Rouen était si préoccupante que les journaux locaux relataient parfois que le linge étendu dehors par les ménagères se trouvait taché, voire troué, par la pollution ! C’est à cette époque que l’on a pris conscience de l’importance du phénomène et que moi-même je m’y suis intéressé. Des réseaux ont commencé à mesurer la pollution de l’air avec des capteurs. Pour ma part, en tant qu’écologue, j’observais les lichens en Haute-Normandie. Ces petites plantes proches des champignons – et qui font souvent penser à des mousses – sont très réceptives à la qualité de l’air (essentiellement à la pollution acide, à base d’oxydes d’azote et de soufre).

L'observation des lichens donne des indications sur la qualité de l'air © Association Française de Lichénologie
A l’époque, l’observation de ces lichens, reportée sur une carte, faisait apparaître des poches de pollution importante sur les agglomérations de Rouen et du Havre et au-dessus du complexe pétrochimique de Port-Jérôme. Ce sont ces constats, couplés aux mesures du réseau Air Normand, qui ont amené à prendre progressivement des décisions incitatives ou réglementaires pour réduire les émissions : installation de pots catalytiques sur les voitures, généralisation de l’essence sans plomb, normes de rejets des usines polluantes…

Station GUI : la station de proximité du trafic automobile à Rouen © Air Normand
Quarante ans plus tard, je peux assurer que tous ces efforts ont porté leurs fruits. Les pics de pollution ont bien diminué, à tel point qu’en 2009, pour la première fois, toutes les mesures d’Air Normand respectaient les normes européennes sur les rejets de dioxyde de soufre.
Mais ne nous réjouissons pas trop vite : les poches de forte pollution ont régressé, mais les moyennes annuelles restent significatives dans toute la région. Car des polluants nouveaux sont à prendre en compte (comme l’ozone et le benzène), sans oublier des produits polluants qu’on étudie encore trop peu : les pesticides de l’agriculture intensive. Ces produits chimiques complexes contiennent plus de 1200 ingrédients, dont on connaît mal les incidences sur la qualité de l’air.

Qualité de l'air autour de Rouen en 1980 (en bleu foncé : qualité médiocre) © Michel Lerond

Qualité de l'air autour de Rouen en 2000. Les poches de forte pollution on régressé © Michel Lerond
Par ailleurs, pendant longtemps, on a considéré que la pollution était « extérieure », en négligeant la qualité de l’air à l’intérieur des locaux. En réalité, l’air de notre salle de bain ou de notre cuisine est souvent plus pollué que celui de notre quartier. Saviez-vous par exemple que les matières plastiques (dont les bouteilles) émettent une quantité infinitésimale de benzène ? Tout comme les colles, certaines peintures, des moquettes… A la longue, ces matières s’accumulent – c’est la raison pour laquelle nous avons aménagé chez nous une ventilation dans la cuisine et la salle de bains. De même, l’habitacle de ma voiture est parfois plus pollué que la rue dans laquelle je circule. Surtout si j’abuse de la ventilation en circuit fermé : ce système fait tourner en boucle, dans la voiture, de l’air pollué par les gaz d’échappement des autres véhicules.

Les bouteilles en plastique émettent une quantité infinitésimale de benzène. Source de l'image : blog-maison-ecologique.fr
Il en va de la pollution de l’air comme de la plupart des questions environnementales : il faut de la réglementation, mais aussi des gestes écocitoyens. Par exemple, pensez à arrêter le moteur de votre voiture pendant que vous attendez vos enfants à la sortie de l’école : ce sera autant de polluants en moins dans les poumons des parents garés derrière vous…
Michel Lerond
Pour lire d’autres chroniques de Michel Lerond, consultez son blog ou jetez un oeil à son livre, Qu’est-ce qu’on attend, publié chez L’Harmattan en avril 2010 (14,50 euros).
Pour en savoir plus sur la lichénologie, rendez-vous sur le site de l’AFL.