Archive pour le mot-clef ‘café’

Le commerce équitable : est-ce bon pour la planète ?

Jeudi 26 mai 2011

Le commerce équitable instaure une relation de respect et d’équité entre les producteurs du sud et les acheteurs du nord. Rémunération plus juste, plus régulière, aide au financement de projets de développement, le commerce équitable a une forte vocation sociale. Mais qu’en est-il de l’environnement ?

Selon la définition officielle des quatre organisations internationales du commerce équitable (FLO, WFTO(ex-IFAT), NEWS !, EFTA), le commerce équitable « contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions d’échanges et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs salariés, en particulier ceux du Sud. »

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Développement durable oui, mais pas bio pour autant en ce qui concerne l’alimentaire, soit plus des 2/3 de la production du commerce équitable. Néanmoins, cette démarche se développe depuis quelques années. Gérald Godreuil, responsable garantie à la fédération Artisans du Monde précise ainsi qu’un « nombre croissant de produits agricoles issus du commerce équitable sont biologiques ou produits suivant le cahier des charges de l’agriculture biologique mais ne sont pas certifiés pour des questions de coût. »

Julie Stoll, coordinatrice de la Plate-Forme pour le Commerce Equitable ajoute que le commerce équitable porte les germes du bio : « Dans le label FLO de Max Havelaar, il y a des critères qui encouragent le passage à une agriculture biologique. Aujourd’hui plus de 50% de la production de ce label est bio. »

Aide à la conversion bio

Pour les producteurs, l’arrivée du bio se traduit par une interdiction des OGM et des pesticides et par l’utilisation de matières gérées durablement et locales, dans le cas de l’artisanat. Le bio implique par ailleurs « le respect des zones protégées et de la biodiversité, le traitement et le recyclage des effluents de transformation des produits agricoles comme le café et le quinoa, la conversion des parcelles vers l’agroforestie, etc. », explique Pierre Gaubert, coordinateur-filières Bio Equitable à biopartenaire, association de promotion de l’équitable bio.

Mais Gérald Godreuil prévient : « Il ne faudrait pas ajouter des contraintes supplémentaires à des producteurs défavorisés et qui de par leurs modes de production peu mécanisé et artisanal impactent peu l’environnement. »

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Les paysans, souvent très pauvres, sont aidés de diverses manières par le commerce équitable afin de se convertir au bio. Julie Stoll explique : « La rémunération du commerce équitable aide les agriculteurs à effectuer la transition vers le bio car elle entraîne une baisse des volumes et il faut trois ans avant d’obtenir le label, le temps que tous les intrants chimiques disparaissent des sols. De plus, c’est aux producteurs de payer le contrôle pour obtenir la certification bio. »

Julie Stoll ajoute que « les revenus générés par le commerce équitable permettent, sur place, d’aider à la création d’infrastructure et de mode de production faiblement émetteurs de carbone. » Sans forcément avoir un label bio, le commerce équitable n’oublie pas pour autant l’environnement.

Bio et équitable font cause commune

Devant la convergence du bio et de l’équitable, des certificateurs ont développé des labels qui combinent les deux référentiels. Biocoop a créé une ligne de produits « Ensemble pour plus de sens » qui répond à un cahier des charge bio et équitable. Bio partenaire a créé la marque Bio Equitable parce que : « l’approche de l’équitable n’intégrait pas le bio, hors il s’agit justement pour nous d’une base fondamentale », selon Pierre Gaubert.

Ce bio est souvent accusé de ne pas être local. Gérald Godreuil indique que : « le bio est un mode de production. La distribution n’entre pas dans le cahier des charges de cette certification. »

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Le commerce équitable ne l’est pas non plus. Cependant, grâce au transport par bateau, son bilan carbone est parfois meilleur que des marchandises produites plus près mais selon des procédés non écologiques. Pierre Gaubert relève que : « des rapports démontrent que le bilan CO2 du sucre de betteraves sucrières européenne est plus élevé que le sucre de canne à sucre du Paraguay. »

La pollution provient principalement du transport par camion jusqu’au détaillant. Là aussi, des effort sont consentis. « Biocoop a développé une flotte de camions non polluants », explique Julie Stoll. Finalement, Pierre Gaubert relativise : « Le commerce équitable est complémentaire aux productions locales de nos régions, il ne les concurrence pas. Les produits exotiques comme le cacao ou le café ne sont pas cultivables en France. » A défaut de produire local, le commerce équitable produit éthique et, de plus en plus, bio.

Christofer Jauneau

A lire aussi sur le site de Global
-Interview d’un producteur de rhum

-Comment le commerce équitable fait face à la crise
-Nos adresses pour participer à la quinzaine

Le café, pas si mauvais pour la santé ?

Jeudi 31 mars 2011

Bourré d’antioxydants et bronco-dilatateur, le café ne serait pas si mauvais que ça. Il aiderait aussi à lutter contre la maladie de Parkinson. Mais attention à ne pas en abuser ! Luc Smilovici nous livre ses conseils.

Sommaire du jeudi 31 mars

Jeudi 31 mars 2011

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Focus – Zoobusiness en Colombie
Avec 10% de la biodiversité mondiale, ce pays offre une faune et une flore très riches mais aujourd’hui menacées. Notamment par le trafic illégal d’animaux, des singes ou des tortues par exemple. Les autorités s’attaquent aujourd’hui à ce fléau et encouragent l’élevage d’animaux exotiques.

Vie quotidienne – Le commerce équitable concerne aussi les agriculteurs français
Il n’est plus seulement l’apanage des pays en voie de développement : des producteurs français vendent aussi via le commerce équitable, ce qui leurs assure des revenus minimums.

Cuisine – Le café, pas si mauvais pour la santé ?
Bourré d’antioxydants et bronco-dilatateur, le café ne serait pas si mauvais que ça. Il aiderait aussi à lutter contre la maladie de Parkinson. Mais attention à ne pas en abuser ! Luc Smilovici nous livre ses conseils.

Planète durable – Autopsie de poubelles
Une association écologiste organise des mises en scène pour faire prendre conscience aux Français de nos excès en terme de déchets. Ce qu’on jette dans nos poubelles est-il vraiment irrécupérable ?

« Nous avons créé le chocolat parfait ! »

Vendredi 21 mai 2010

Suite de l’interview de Tristan Lecomte, dirigeant d’Alter Eco, sur les liens – et les contradictions – entre le commerce équitable et l’écologie.

On reproche aussi au commerce équitable de favoriser les cultures d’exportation, au détriment de l’agriculture vivrière.
Nous avons mené une étude sur cette question, et créé l’Alter Eco Gold Standard, un référentiel qui prend en compte tous les enjeux du développement durable, y compris la question de la souveraineté alimentaire. Pour l’instant, ce cahier des charges intégral s’applique au chocolat de la coopérative Acopagro, au Pérou. Il est équitable, bio et participe à la reforestation puisque nous avons déjà planté 400.000 arbres en compensation carbone. Nous avons donc créé le chocolat parfait ! Peu à peu, nous allons ainsi garantir que tous les produits Alter Eco sont parfaitement durables.

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Pourquoi ne pas proposer du commerce équitable Nord-Nord ? Ça éviterait bien des transports et des critiques…
Il faut aider les petits producteurs français, on y travaille depuis des années. Mais c’est compliqué : les lois européennes interdisent de fixer un prix plancher pour les petits producteurs, par exemple. Les coopératives ne nous facilitent pas la tâche, en tous cas les grosses : elles défendent mal les intérêts de leurs membres les plus modestes. Certains responsables nous disent en substance : « Laissez tomber, ce sont des tocards, des alcooliques, s’ils n’y arrivent pas c’est de leur faute. » C’est hallucinant d’entendre ça de la part de personnes censés représenter les producteurs ! Donc la question est complexe. Mais cette année on va lancer des produits équitables du Nord.

Image 1Lesquels ?
Je ne peux pas encore le dire.

Et le commerce équitable Sud-Sud ?
Il existe déjà, c’est une idée reçue de penser que le commerce équitable est seulement destiné à l’exportation ! En Thaïlande, par exemple, les coopératives équitables vendent les brisures de riz, qui ne s’exportent pas. Le problème c’est que ces ventes locales représentent en général moins de 20% des ventes des coopératives. Le marché n’est pas solvable, le pouvoir d’achat est ici, en Europe…

N’êtes-vous pas parfois tenté de dire : ‘Mon travail c’est de lutter contre la pauvreté, que d’autres s’occupent de l’écologie’ ?
Non, vous ne pouvez pas prétendre faire du développement durable en ne vous préoccupant que d’un aspect, économique, social ou écologique. Sinon vous vous confronterez toujours à l’un des problèmes. Il faut intégrer peu à peu toutes les dimensions.

Séchage cacao petit

C’est très optimiste…
C’est en montrant l’exemple qu’on avance. Pur Projet, la structure de compensation carbone que nous avons créée en parallèle d’Alter Eco, finance des programmes de reforestation en Bolivie et au Pérou. Eh bien nous avons invité d’autres entreprises à se joindre à notre démarche : des acteurs du commerce équitable, comme Veja, mais aussi des entreprises extérieures au secteur, comme Nestlé ou Procter et Gamble. Pour changer le monde, le commerce équitable doit avoir une vision globale. Sinon ce n’est pas du commerce équitable, ou en tous cas c’est limité.

Propos recueillis par Hélène Seingier
Photos : Eric Garnier – Alter Eco

« Le commerce équitable sera intégral ou ne sera pas ! » – Tristan Lecomte

Vendredi 21 mai 2010

Agriculture intensive, destruction des cultures vivrières, transports trop polluants… le commerce équitable ne serait pas très écolo. Pour clôturer cette Quinzaine du Commerce Equitable, nous avons questionné Tristan Lecomte, dirigeant de l’entreprise de commerce équitable Alter Eco.

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Quelles faiblesses reconnaissez-vous au commerce équitable du point de vue de l’écologie ?
C’est vrai que le système a ses limites. Les standards imposés par la filière sont insuffisants sur les thèmes de l’agriculture bio, de la lutte contre le réchauffement climatique, des emballages… Chez Alter Eco, on évolue. Au début nos produits étaient seulement équitables, aujourd’hui ils sont tous bio ou en transition vers le bio. Nous sommes dans une démarche de réduction des emballages et des transports. Et nous compensons l’intégralité de nos émissions carbone, via des programmes de reforestation.

Mais le principe du commerce équitable c’est d’aller chercher des produits à l’autre bout du monde. Vous ne pouvez pas échapper aux transports !
D’après notre bilan carbone, certifié par l’Ademe, le transport de nos produits par bateau ne représente que 3% du total de nos émissions. En revanche, 40% viennent du transport en France, par camion. La production elle-même émet très peu de gaz à effet de serre : nos producteurs ne sont pas mécanisés, n’ont pas d’argent pour acheter des produits phytosanitaires, parfois à peine une ampoule chez eux… Pour le thé que nous vendons, par exemple, 60 à 80% de l’empreinte carbone du produit est liée à l’électricité que le consommateur utilise pour faire bouillir son eau ! Donc le problème n’est pas du tout en amont.

avion

Et les produits équitables frais, qui sont importés par avion ?
Je suis d’accord avec les critiques là-dessus. Chez Alter Eco nous ne proposons pas de mangues fraîches ni de fleurs. Pour nous, ces produits sont des anomalies dans le commerce équitable.

Vous dites que vous passez progressivement au bio. Pourquoi ne pas l’avoir exigé de vos fournisseurs dès le début ?
On ne peut pas régler tous les problèmes d’un coup ! La certification biologique coûte de 5000 à 10000 euros par coopérative, au début les petits producteurs sont trop pauvres pour se la payer. Mais peu à peu ils s’y mettent, même pour le coton, pourtant connu pour être polluant. Nous l’achetons bio à des producteurs du Sénégal.

Coopérative Alto el Sol

Les petits producteurs avec qui vous travaillez sont-ils soucieux de ces questions environnementales ?
Ils sont très sensibles au dérèglement climatique, ils en sont les premières victimes ! Ils connaissent des pluies plus intenses, des sécheresses plus longues. Le mois dernier, en Amazonie, ils ont même eu de la grêle, ils n’avaient jamais vu de grêlons ! Quant aux pesticides, ils voient leur impact sur leur santé, sur la santé de leurs enfants… Évidemment qu’ils veulent s’en passer. En faisant la démarche de se grouper en coopérative, ils sont déjà dans une démarche alternative, ils peuvent résister au lobby phyto-sanitaire. Ensuite c’est aussi à nous de leur proposer des démarches alternatives.

Cacao petitPar exemple ?
Par exemple l’agroforesterie, la combinaison de la forêt et de l’agriculture. Planter des arbres à côté du cacao ou du café, ça augmente les rendements : les arbres font de l’ombre et évitent l’érosion des sols, leurs racines aèrent la terre. Et à terme les agriculteurs peuvent vendre le bois – du teck, de l’acajou, du cèdre – et gagner 5 à 10 fois plus qu’avec autres productions agricoles. C’est un tout, ça fait partie de la vision intégrale : le commerce équitable sera intégral ou ne sera pas !

Suite de l’interview ici, où il est question de chocolat parfait et de commerce équitable Nord-Nord et Sud-Sud.

Propos recueillis par Hélène Seingier
Photos : Eric Garnier – Alter Eco