Archive pour le mot-clef ‘Frédérique Chartrand’

10 milliards d’humains ?

Lundi 19 juillet 2010

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Malthusianisme : Nom du système de Malthus recommandant de restreindre la procréation des enfants, parce que la production des choses nécessaires à la vie va moins vite que l’accroissement de la population. (Dictionnaire Littré). Cette doctrine vieille de 200 ans est remise au goût du jour par des militants d’un nouveau genre : les No Kids ( »ceux qui ne veulent pas d’enfants »). Pour eux, faire des enfants tue la planète, déjà épuisée par ses 6,8 milliards d’habitants. Et ces empêcheurs de procréer en rond font des petits : ils partent à l’assaut des librairies et du web, se mettent en scène et font du buzz. Tour du web de la galaxie « No Kids ».

« Soyez responsables, sortez couverts » propose l’Association Démographie Responsable. Moins radicale que les « sans-enfants », elle propose de limiter à deux le nombre de rejetons par femme et milite pour la gratuité de la contraception dans le monde. Pourquoi ? Toutes les réponses dans la contribution de notre Eco-respondant et président de l’association, Denis Garnier.

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« Faire des enfants tue ». Le slogan des No Kids sonne comme une provocation quand on sait que des milliers de Péruviens pauvres ont été victimes d’une campagne de stérilisation forcée dans les années 1990. Le documentaire Le Ventre des Femmes dénonce cette violation des droits de l’homme au nom du malthusianisme. Un film qui a choqué notre Eco’respondante Frédérique Chartrand, auteure du blog Maman Ecolo. Résultat : un joli coup de colère.

Et pendant ce temps là, la Terre et ses 6,8 milliards de terriens continuent de vieillir. De vieillir vraiment beaucoup, pour certains. Dans la vallée de Vilcabamba, au cœur de l’Equateur, souffler sa centième bougie est presque banal. Global tente de percer le secret de cet endroit fascinant, paradis des gérontologues mais aussi d’étrangers en quête de longévité.

La Terre est assez grande pour tout le monde !

Mardi 8 juin 2010

Frédérique ChartrandDes campagnes de stérilisation forcée au Pérou au nom de la lutte contre la pauvreté, tel est le thème du documentaire Le ventre des femmes, de Mathilde Damoisel, produit par Temps Noir et diffusé le 4 juin sur Arte. Nous avons demandé sa réaction à notre Eco’respondante Frédérique Chartrand, auteure du blog Maman écolo. Résultat : un joli coup de colère.

« En cinq ans, au Pérou, plus de 300 000 femmes et près de 30 000 hommes ont été stérilisés de force par le gouvernement d’Alberto Fujimori, soutenu par les instances internationales. Au nom de la lutte contre la pauvreté, les Indiennes quechua en ont été les premières victimes. ‘Ils ne m’ont rien demandé… Ils m’ont emmenée comme un animal dans la salle d’opération’, témoigne Yoni. Comme des milliers d’autres femmes, ses trompes ont été ligaturées de manière irréversible dans des conditions dangereuses. Nombreuses sont celles qui sont mortes des suites de leur stérilisation ou qui lui doivent, aujourd’hui encore, de lourdes séquelles. »

Femme enfant

En cinq ans, plus de 300 000 femmes ont été stérilisées au Pérou, beaucoup contre leur volonté. © Temps Noir

Le documentaire «Le Ventre des Femmes» montre bien que la pauvreté et la dégradation de l’environnement sont souvent citées pour justifier des politiques de contrôle de la fécondité des femmes. Mais c’est là prendre le problème par un mauvais angle. La Terre est assez grande pour tout le monde, que nous soyons 6 ou 12 milliards d’êtres humains.

La vraie source du problème se trouve dans notre mode de consommation, dans la façon de nous nourrir et dans le partage des ressources et de la richesse. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la FAO*, l’Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, dans un rapport de 2007: « Une conversion planétaire à l’agriculture biologique, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d’engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l’ordre de 2640 à 4380 kilocalories par personne et par jour. » Or le besoin énergétique moyen est de 2000 kilocalories pour une femme et de 2500 kilocalories pour un homme.

L’agriculture biologique peut donc nourrir la planète, que les femmes aient 1 ou 6 enfants. Une option que semble avoir mis de côté le Président péruvien Alberto Fujimori, malgré sa formation d’ingénieur agronome. Il a préféré mutiler le corps des citoyennes de son pays.

Felipa Pérou

Felipa - Les Indiennes Quechua, analphabètes pour la plupart, ont été les principales cibles de la campagne de stérilisation. © Temps Noir

Parallèlement, quand on sait que 30% des terres arables dans le monde sont cultivées pour nourrir le bétail, lequel finira sous forme de hamburgers ou d’entrecôtes sauce poivre dans les assiettes des occidentaux, on ne peut qu’être perplexe.

Selon le WWF, un Français a besoin de 4,9 hectares pour vivre, un Américain 9,2 hectares alors qu’un Péruvien se contente en moyenne de moins de 1,8 hectares. Le problème c’est nous, nos gouvernements et non les paysans perdus au fin fond des plateaux andins.

Aurelia Pérou

Aurélia - Les femmes stérilisées sont victimes de discrimination voire d'ostracisme de la part de leur communauté. © Temps Noir

Mais c’est bien connu – et «Le Ventre des Femmes» en est l’illustre exemple – l’hypocrisie et la politique font bon ménage. D’un côté les gouvernements occidentaux – via la Banque mondiale ou le Fonds pour la population des Nations Unies – prônent un contrôle de la croissance démographique dans les pays en voie de développement, et de l’autre, ces mêmes gouvernements ne remettent aucunement en question leur obsession de la croissance effrénée, énergivore à l’extrême et non durable.

Autrement dit, nous demandons aux populations pauvres de cesser de faire des enfants pour nous permettre de continuer à mener une vie faste.

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Alberto Fujimori, ancien président du Pérou à l'origine de la campagne de stérilisation. Source : unanauperou.blogspot.com

Invoquer la sécurité alimentaire ou la paupérisation comme l’a fait le président Fujimori pour stériliser les femmes Quechua, relève de la bêtise et de la barbarie. Les vraies raisons sont ailleurs. Elles sont politiques. Fujimori avait la trouille. La trouille que les populations andines se soulèvent suite à des années de maltraitance et de discrimination. La trouille de perdre le pouvoir.

De tout temps, le pouvoir d’enfanter des femmes a dérangé les hommes et leur ventre en fut le bouc émissaire, l’ennemi à abattre. Il est plus simple d’accuser le ventre des femmes d’être responsable de nos malheurs que de changer les bases de nos systèmes socio-économique et ainsi permettre à tous de vivre dans la dignité.

Frédérique Chartrand

NB : le documentaire est à (re)voir sur Arte+7 jusqu’au 11 juin.

Maman, écolo et féministe ? Oui, c’est possible !

Vendredi 26 février 2010

Avec son livre Le conflit, Elisabeth Badinter a jeté un pavé dans la mare. Elle y affirme que le «naturalisme» actuel fait du tort au féminisme, qu’il menace les acquis des femmes obtenus de haute lutte ces dernières décennies. Des femmes éco-activistes ont immédiatement riposté avec «Vertes de rage», une lettre ouverte à la philosophe. Chez Global mag nous avons sollicité une blogueuse maman et écolo, pour lui demander ce qu’elle en pensait.

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Frédérique et son fils

Avant la naissance de mon fils Émile, mon objectif n’était absolument pas d’être une maman écolo. D’ailleurs, il y a quatre ans, on entendait beaucoup moins parler de ce « modèle » de maman dans les médias. Durant ma grossesse, j’ai beaucoup réfléchi à comment je voulais vivre cette maternité, non pas en me basant sur une image parfaite de celle-ci mais plutôt sur mes désirs profonds.

Ce qu’on appelle le maternage – l’accouchement sans péridurale, l’allaitement longue durée, le co-dodo (dormir avec lui), le portage, l’alimentation bio, … – s’est imposé comme une évidence. Comme s’il était impossible pour moi de faire autrement.

Bon là, j’arrête tout de suite l’image que votre cerveau se fait de moi. Vous m’imaginez ultra naturelle, vêtue d’une robe fleurie en chanvre équitable buvant mon thé ayurvédique devant mes chèvres dans le Larzac ? C’est raté!

Je suis cheffe d’entreprise, j’adore sortir en ville, je vais acheter mon pain avec du mascara et du blush, je m’habille chez Zara et TopShop (la mode éthique est superbe mais trop chère pour moi) et je ne jure que par le café et le vin rouge.

Et, bien que je sois écolo, je mets un point d’honneur à ce que mon fils et moi-même, restions complètement adaptables à toutes les situations. S’il est invité au McDo par un de ses copains, qu’il y aille ! Les fast-food m’insupportent mais ils font partie de la vie, alors il faut qu’il connaisse.

Déçus ? Je casse votre belle image de la maman écolo. Sérieusement, si vous me voyez dans la rue, jamais vous ne penserez que je suis une adepte du maternage. Cerise sur le gâteau – n’en déplaise à Mme Badinter si je ne rentre pas dans son schéma – je suis féministe et pour rien au monde je ne renoncerais à mon travail. Je suis la preuve vivante que maternage, féminisme et vie professionnelle sont tout à fait compatibles.

Badinter

Source : Michèle Delaunay (Flickr)

Sauf que, soyons honnêtes. Tout ceci est possible parce que j’ai un mari extrêmement présent (presque plus féministe que moi !) et une famille adorable qui me soutient dans mes choix.

J’ai toujours pu allaiter sans gêne lors des repas de famille (mais non je ne montre pas mes seins à tout le monde, je fais ça discrètement). Pendant les tétées nocturnes, mon mari m’apportait gentiment une tisane pour me soutenir et il se levait le matin pour me laisser dormir un peu. Dans ces conditions, j’aurais pu allaiter des triplés pendant 10 ans !

Pour faire une petite parenthèse, un mari qui milite pour l’équité entre hommes et femmes ce n’est pas forcément la panacée : «Chérie peux-tu aller au garage changer le pneu crevé, je dois emmener le petit à l’éveil musical». Sympa la parité ! Vivement le retour du bon vieux partage traditionnel des tâches. Mais non Élisabeth du calme, je blague. Merci pour tout ce que tu as fait pour nous.

Mon secret n’est pas sorcier. Je prends plaisir à être une maman écolo. Je ne supporterais pas de le vivre comme une contrainte. C’est peut-être ça la clé, avoir du plaisir…

Mais je conçois que le maternage puisse ne pas convenir à toutes les femmes. Soit parce que cela ne correspond pas à leur personnalité, soit parce que leur entourage n’y est pas propice. Je suis mal placée pour les juger. Je serais surement une autre maman avec un mari macho et une famille qui critique mes choix.

Bref, tout cela démontre une chose très simple. Une famille, ça se gère à deux. Je constate que toutes les mamans écolos épanouies le sont notamment grâce à un compagnon aussi impliqué qu’elles. Le maternage est un projet commun, difficile à réaliser seule, mais ô combien riche lorsque bien vécu.

Frédérique Chartrand