Par Perrine Mouterde
Un Parti vert au pays des voitures et du béton ? Et à sa tête, la première femme présidente d’un parti politique libanais ? Deux bonnes raisons d’aller rencontrer le jeune parti écolo, un véritable ovni sur la scène politique du pays du Cèdre…
Au Liban, même les couleurs sont politiques. Le bleu des sunnites fidèles à Saad Hariri, le orange des chrétiens loyaux à Michel Aoun, le jaune du parti chiite Hezbollah, le vert des chiites du parti Amal… Sauf que voilà, un petit nouveau tente de bouleverser ces règles du jeu. Le Parti vert du Liban voudrait récupérer sa couleur. Son slogan ? « Le vert est la ligne rouge »…
Un parti écolo au pays des 4X4 et des routes bordées de milliers de panneaux publicitaires ? Le concept même me laisse sceptique. Il y a quelques semaines, j’apprends que le parti a procédé à des élections pour renouveler son bureau. C’est Nada Zaarour, jusque là vice-présidente, qui remporte le scrutin, face à un homme : elle devient la première femme à la tête d’un parti politique libanais. Je n’hésite plus, il faut y aller.
« Les immeubles poussent à la place des forêts »

Nada Zaarour se destinait à la musique... Elle a été rattrapée par la politique.
Entre deux rendez-vous, Nada Zaarour me raconte son parcours, intimement lié à celui des Verts libanais. Le déclic est venu il y a une quinzaine d’années. « J’adore la nature ! Ce n’est pas difficile pour une femme d’aimer l’environnement, la Mère nature… » Je tique : il serait plus naturel pour les femmes que pour les hommes de s’intéresser à l’environnement ? « C’est sans doute avant tout une question de caractère, reprend Nada Zaarour. En tout cas, tous les désastres écologiques qui ont cours au Liban me rendent très triste. Les ordures, les immeubles qui poussent à la place des forêts… J’ai décidé de m’impliquer sérieusement. »
Avec des amis, elle crée deux associations pour lutter contre la déforestation et promouvoir la randonnée. Mais cette petite bande de militants réalise que pour peser sur l’avenir du pays, c’est la sphère politique qu’il faut intégrer. Entre 2000 et 2008, ils travaillent, rencontrent des Verts européens… Jusqu’à la constitution du premier bureau, il y a 3 ans.
« Nous devrons faire face à beaucoup d’obstacles »
Mais justement, qu’ont-ils fait en 3 ans ? Nada Zaarour est consciente de l’ampleur de la tâche, alors que le parti compte à peine plus de 1 000 adhérents. « Nous savons qu’il nous faudra encore beaucoup de temps pour atteindre nos objectifs et que nous devrons faire face à beaucoup d’obstacles, mais nous ne sommes pas pressés. Nous ne dévierons pas de notre chemin. »
En attendant, les Verts libanais affichent déjà des avancées. « Nous avons déposé une loi, étudiée au Parlement, pour que soit mis en place un organe judiciaire chargé de faire respecter les lois sur l’environnement. Il faut que ces dossiers arrivent sur la table d’un juge ! Et nous demandons aussi l’instauration d’une ‘brigade verte’ pour assister ce juge. »

Voilà à quoi pourrait ressembler les abords de la rivière de Beyrouth si les Verts prenaient le pouvoir !
Je n’avais jamais entendu parler de ce type de « juridiction environnementale » ni de « brigades vertes »… La lutte contre les carrières illégales, un plan de reboisement sur 15 ans, les violations de l’espace public sur le littoral… Je n’en doute pas, les dossiers ne manquent pas. D’autant qu’à l’instar des partis écolos européens, les Verts libanais ont également un programme social et économique : laïcité, économie verte, justice sociale…
« Les femmes ont le droit d’accéder à tous les postes à responsabilités ! »

Les écolos libanais rencontrent tous les autres responsables politiques (ici Michel Aoun). En théorie, tout le monde est d'accord pour préserver l'environnement. En pratique, rien ou presque n'est fait pour changer les choses.
Si Nada Zaarour se présente d’abord comme une mère, grand-mère et épouse épanouie, elle n’en est pas moins fière, et à juste titre il me semble, d’être devenue la première femme présidente d’un parti politique au Liban. Je l’imagine un instant, fraîche et classe, au milieu de la ribambelle de responsables libanais qui squattent la scène politique depuis des années… « Je méritais ce poste et j’ai travaillé dur pour en arriver là, assure Nada Zaarour. Les femmes ont le droit d’accéder à tous les postes à responsabilités ! »
Et Nada Zaarour n’entend pas s’arrêter là. Prochain objectif, les législatives de 2013. « Si nous obtenons 4 sièges au Parlement, nous aurons un siège au gouvernement. Ce serait déjà très important ! Nous allons faire campagne auprès des 50 % de Libanais qui ne votent pas habituellement, parce qu’ils ne croient plus en la politique… Nous voulons leur redonner un peu d’espoir. »