Quel concours de circonstance : le Mondial de l’automobile avait à peine refermé ses portes au mois d’octobre que les automobilistes faisaient face à la pénurie de carburant du fait des blocages de raffineries et dépôts de carburants par les grévistes (luttant contre la réforme des retraites). Serait-ce un avant goût de répétition générale qui sonne la fin du tout pétrole ? Michel Lerond inspecte le contenu de nos réservoirs.

Encombrement dans l'Est parsien © A. Bertaud/ADEME
Depuis trois ou quatre décennies en France, tout a été fait pour favoriser la voiture. En 40 ans la distance domicile-travail est passée de 4 à 40 km. L’étalement urbain a rendu la voiture indispensable. Actuellement 82 % des ménages français possèdent une voiture et 36 % en possèdent deux et plus. Avec 37 millions de véhicules, la France a augmenté son parc de 65 % en 20 ans ! Certes la consommation des moteurs diminue, mais avec une telle explosion du parc, la consommation globale de pétrole ne cesse de croître.
Nous allons devoir nous adapter à la raréfaction du pétrole et il va falloir repenser de fond en comble nos modes de déplacements et nos habitudes ! Personnellement, je ne prends quasiment plus l’avion, privilégie le train chaque fois que possible et économise la voiture au maximum.

Pot d'échappement d'un camion diesel © R.Bourguet/ADEME
Mais cela ne dépend pas que de nous, il va aussi falloir revoir l’aménagement du territoire, inventer d’autres modes de propulsion pour nos voitures, développer les transports collectifs et favoriser les circuits courts de distribution des marchandises.
En prenons-nous le chemin?
Pas encore à ce que j’observe. En 25 ans en France, la longueur des autoroutes a doublé alors que le réseau ferré exploité a régressé de 10 %. Je suis persuadé que l’on peut aller plus loin dans cette recherche d’économie d’énergie par le ferroutage.

Train fret en ligne vers St Jean de Maurienne©Christophe Mercura/SNCF

L'Autoroute Ferroviaire - des trains navettes traversant les Alpes © C.Recoura/SNCF
Lors d’un colloque sur l’évaluation environnementale (SIFEE) en 2007, je proposais de reconsidérer le réseau autoroutier afin de transformer la troisième voie des autoroutes, quand elle existe, en voie ferrée pour le transport des camions et conteneurs. En effet, la géométrie d’une route est très proche de celle d’une voie ferrée. On pourrait donc, sous réserve de vérification technique, faire rouler des trains sur une autoroute.
Bien sûr cela demande des aménagements, mais à mon avis, moins coûteux que de récréer de nouveaux réseaux exclusifs pour le ferroutage. Ceci d’autant plus que les autoroutes risquent de beaucoup moins servir quand le pétrole sera devenu hors de prix. C’est une idée audacieuse qui mérite d’être étudiée.
Enfin, quid des nouvelles technologies vertes ? Elles ne sont parfois encore que balbutiantes. Tout ne sera pas simple si l’on songe que le lithium, nécessaire aux batteries des véhicules électriques, est concentré dans les Andes et au Tibet et que son prix a été multiplié par 10 en 5 ans !

Voiture roulant au biocarburant © R.BOURGUET/ADEME
Le secteur le plus contesté est sans aucun doute celui des agrocarburants. Ces derniers sont maintenant largement considérés comme concurrents des cultures alimentaires, sans compter leurs impacts forts, notamment sur l’érosion de la biodiversité.
Quant à la voiture à hydrogène*, la piste est prometteuse. Mais il faut encore surmonter les obstacles pour la produire dans des conditions environnementales et économiques satisfaisantes, ce qui est loin d’être le cas. En matière de nouvelle énergies, il faut évaluer tout ce qui a été fait pour mieux avancer. Décidément, tout reste à inventer !
Michel Lerond, écologue essayiste
* Un moteur qui « transforme » l’hydrogène et l’oxygène de l’air, en électricité et eau
Pour lire d’autres chroniques de Michel Lerond, consultez son blog ou jetez un oeil à son livre, Qu’est-ce qu’on attend, publié chez L’Harmattan en avril 2010 (14,50 euros).